« Trop d’Européens pensent que la mode africaine se résume au wax » : Imane Ayissi, créateur panafricain

L’ex-mannequin camerounais fut le premier styliste d’Afrique subsaharienne inscrit au prestigieux calendrier officiel de la haute couture à Paris, en janvier 2020. Ses collections reflètent l’immense diversité des savoir-faire du continent noir.

Imane Ayissi a eu plusieurs vies avant d’être créateur de mode, mais le corps a toujours été au cœur de ses activités. Mannequin cabine pour Yves Saint Laurent et Pierre Cardin, danseur du Ballet national du Cameroun puis collaborateur de Patrick Dupond, mais aussi boxeur amateur, le couturier place la liberté de mouvement au cœur de ses créations. « L’expression corporelle est un élément central dans la construction d’un vêtement. J’essaie tous mes prototypes sur des mannequins plutôt que sur des Stockman, je drape les tissus sur la personne, j’aime assister à la naissance de nouvelles formes, les voir prendre vie. »

Né au Cameroun en 1968 d’un père boxeur et d’une mère hôtesse de l’air, première Miss Cameroun post-indépendance en 1960, Imane Ayissi a toujours eu un faible pour les vêtements. Enfant, il dessine des silhouettes à même le sol et habille sœurs et cousines avec ce qu’il trouve. « J’ai des souvenirs incroyables de ma mère, tous les week-ends, à Yaoundé, les gens affluaient à l’aéroport en espérant la voir passer. On venait admirer sa silhouette perchée sur des talons aiguilles et son chignon très sixties, c’était l’attraction. Je me disais : ce n’est pas ma maman, c’est une fée qu’on a placée chez moi. »

L’Afrique loin des clichés

Au début des années 1990, il s’installe à Paris. « J’ai créé pendant plusieurs années de la mode en amateur, dans ma chambre de bonne avec ma machine à coudre, en faisant des petits boulots à côté. Puis j’ai présenté ma première collection en 1992, j’avais acheté des tissus au marché Saint-Pierre, tous à pois. J’ai présenté 120 robes à pois ! Depuis, je n’ai jamais manqué une date, j’ai toujours présenté une collection par an. Je pense que la persévérance, le sérieux, la régularité, ça compte. »

 Ici, on aperçoit une broderie « Save the Planet », inspirée des tapisseries d’Abomey, au Bénin, et des drapeaux Asafo du Ghana. Là, des robes couture drapées dans du faso dan fani du Burkina Faso, du kenté du Ghana, du ndop bamiléké… Et, quand il ne s’adonne pas à la mode, Imane Ayissi écrit des contes inspirés de son continent natal.

Le Monde

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