Esclavage aux Etats – Unis : Ces Esclaves  Africains Oubliés – Thomas Fuller esclave et mémoire historique

Black-and-white portrait of a man with short, curly hair and a subtle smile.

Par Bazona Barnabé   Bado

Ce profil historique présente la vie de Thomas Fuller, un Africain réduit en esclavage en Virginie, dont les remarquables capacités de calcul mental ont été utilisées dans les débats abolitionnistes du XVIIIe siècle.

Thomas Fuller (1710 – décembre 1790), également connu sous les surnoms de « Negro Demus » et de « Calculateur de Virginie », était un Africain réduit en esclavage, célèbre pour ses capacités mathématiques. Né sur le continent africain, probablement quelque part entre l’actuel Liberia et le Bénin, Fuller fut enlevé et envoyé en Amérique en 1724, à l’âge de 14 ans. Il fut ensuite réduit en esclavage par Elizabeth Cox, à Alexandrie, en Virginie. Malgré ses compétences en mathématiques, Fuller était analphabète. Le chercheur en ethnomathématiques Ron Eglash émet l’hypothèse que Fuller aurait pu être Bassari, en comparant ses capacités aux traditions mathématiques de ce peuple. Avant le colonialisme, les Bassari comptaient « des spécialistes formés à la mémorisation des sommes ». Les récits de ses exploits mathématiques se sont diffusés sur la côte Est des États-Unis et ont atteint la France et l’Allemagne, alimentant le mouvement abolitionniste.

Lorsque Fuller avait environ 70 ans, William Hartshorne et Samuel Coates, membres de la Pennsylvania Abolition Society (PAS), entendirent parler de ses « pouvoirs extraordinaires en arithmétique ». Tous deux interrompirent leur voyage pour enquêter sur ses capacités. Benjamin Rush, médecin et père fondateur, cherchait à démontrer l’intelligence des personnes noires à travers le prisme de la « réussite scientifique » afin de soutenir les causes antiesclavagistes. Grâce à son appartenance à la PAS, Rush connaissait Hartshorne et Coates et rendit compte de leur entretien avec Fuller dans le Columbian Magazine. Dans ce rapport, Rush soulignait la crédibilité de Hartshorne et Coates. Il expliquait comment ils avaient testé les capacités mathématiques de Fuller :

Hartshorne et Coates lui ont ensuite posé trois problèmes destinés à vérifier la rapidité et l’exactitude de ses calculs mentaux :

Premièrement, lorsqu’on lui demanda combien de secondes il y avait dans un an et demi, il répondit en environ deux minutes : 47 304 000.

Deuxièmement, lorsqu’on lui demanda combien de secondes avait vécu un homme âgé de soixante-dix ans, dix-sept jours et douze heures, il répondit, en une minute et demie : 2 210 500 800.

L’un des messieurs, qui faisait les calculs par écrit, lui dit qu’il se trompait et que la somme n’était pas aussi élevée qu’il l’avait indiquée. Le vieil homme répondit alors rapidement : « Stop, massa, vous oubliez l’année bissextile. » En ajoutant les secondes des années bissextiles aux autres, les deux totaux concordaient exactement.

 

Troisièmement, la question suivante lui fut posée : supposons qu’un fermier possède six truies, que chaque truie ait six porcelets femelles la première année, et que tous se multiplient dans la même proportion jusqu’à la fin de la huitième année ; combien de truies le fermier aura-t-il alors ? En dix minutes, Fuller répondit : 34 588 806. Le délai plus long, par rapport à ses deux réponses précédentes, s’expliquait par une petite erreur due à une mauvaise compréhension de la question.

Malgré l’exactitude des réponses de Fuller, Hartshorne et Coates estimaient que ses capacités mentales avaient probablement été encore plus remarquables auparavant. Rush écrivait :

Il avait les cheveux gris et présentait plusieurs autres signes de l’affaiblissement lié à la vieillesse. Il avait travaillé dur dans une ferme toute sa vie, mais n’avait jamais consommé d’alcool de manière excessive. Il parlait avec beaucoup de respect de la femme qui l’asservissait et mentionnait en particulier sa reconnaissance envers elle pour avoir refusé de le vendre, bien qu’elle ait reçu plusieurs offres importantes. Lorsque l’un des gentlemen, M. Coates, remarqua en sa présence qu’il était regrettable qu’il n’ait pas reçu une éducation à la hauteur de son génie, Fuller répondit : « Non, Massa, il vaut mieux que je n’aie pas eu d’instruction, car beaucoup d’hommes instruits sont de grands idiots. »

La seule autre source originale indépendante documentant les capacités de Fuller, en dehors du récit de Rush, est sa notice nécrologique. Publiée anonymement dans le Columbian Centinel en 1790, elle rapporte qu’il pouvait calculer mentalement les réponses exactes à des questions complexes plus rapidement que ceux qui effectuaient les calculs à la main. Elle mentionne également quelques détails mineurs de sa vie et conclut ainsi : « Si ses possibilités de perfectionnement avaient été égales à celles de milliers de ses semblables, ni la Royal Society de Londres, ni l’Académie des sciences de Paris, ni même Newton lui-même, n’auraient eu honte de le reconnaître comme un frère en science. »

Source : Wiki

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