Burkinabè d’ici et d’ailleurs : Notre méchanceté c’est notre péché originel

Les mots tels qu’unité, fraternité et amour sont presque absents du vocabulaire de la majorité des Burkinabè qu’ils soient restés au pays ou vivant à l’étranger. « Le Burkinabè est méchant, mesquin et médisant, » affirmait Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des affaires étrangères, ancien Directeur général adjoint de l’Organizations Mondiale du Commerce et actuellement président du parti « Le Faso Autrement ». Avant lui c’est le Professeur Laurent Bado président du parti le « PAREN » qui a eu à diagnostiquer le syndrome Burkinabè et à travers son microscope a détecté trois virus connus sous le nom des « 3 B de Laurent Bado » qui dévastent les Burkinabè dans leur ensemble. Ces « 3 B » sont connus sous les noms de « la Bière, les Brochettes et la Baise » qu’ils en raffolent. On pouvait en sourire s’il n’y avait pas les « 3 M » de Ablassé Ouédraogo.

Le prototype de Burkinabè va allégrement avec la première génération des Troglodytes dans Les Lettres Persanes. Montesquieu qui est l’auteur de l’ouvrage dépeint les Troglodytes en ces termes : « Il y avait en Arabie un petit peuple, appelé Troglodyte, qui descendait de ces anciens Troglodytes qui, si nous en croyons les historiens, ressemblaient plus à des bêtes qu’à des hommes. Ceux-ci n’étaient point si contrefaits, ils n’étaient point velus comme des ours, ils ne sifflaient point, ils avaient des yeux ; mais ils étaient si méchants et si féroces, qu’il n’y avait parmi eux aucun principe d’équité ni de justice. Ils avaient un roi d’une origine étrangère, qui, voulant corriger la méchanceté de leur naturel, les traitait sévèrement ; mais ils conjurèrent contre lui, le tuèrent, et exterminèrent toute la famille royale ».

Tels les Troglodytes, nous Burkinabè avons malheureusement traversé les frontières et les océans en gardant toujours dans nos cœurs nos méchancetés, nos mesquineries et nos médisances. Ce sont des maux qui nous divisent, nous désunis et nous rabaissent. Cette division est si réelle par exemple dans la communauté Burkinabè de New York que même le Président du Faso Rock Marc Christian Kabore est monté au créneau pour appeler à l’unité lors de sa rencontre avec ladite communauté en 2017 a New York.
Nous sommes si méchants que nous sommes incapables de nous associer pour une cause commune. Et quand nous nous associons c’est pour se médire, pour s’attaquer à Pierre ou à Paul.
Nous sommes si méchants que nous rions à déployer la gorge au malheur d’autrui et pleurons à chaudes larmes quand nous apprenons le succès de l’autre.

Nous sommes si méchants que nous invoquons le diable contre notre frère ou sœur.
Nous sommes si méchants que nous cherchons à détruire les projets des autres que de chercher à porter la pierre a la construction de l’édifice.
A New York la restauration par exemple est très rentable et beaucoup de communautés Africaines en font leur business. Des Burkinabè ont tenté l’aventure et ont lamentablement échoué. Vous savez pourquoi ? C’est parce que les Burkinabè préfèrent aller dépenser leur argent dans un autre restaurant qui présente le même menu que de le faire dans le restaurant de son frère ou de sa sœur. Venez à New York et visitez un restaurent ghanéen, vous verrez que 90 % des clients sont Ganaheen. Idem pour les Guinéens et Senegalais.

New York n’est pas le seul endroit où les Burkinabè refusent de se regarder dans le miroir. En 2000 l’ancien ambassadeur du Burkina Faso en Côte d’Ivoire son Excellence Emile Ilboudo me recevait dans son bureau dans la capitale abidjanaise pour une interview qu’il m’avait accordée. Tous les ingrédients étaient réunis pour le début d’une crise ivoiro – ivoirienne qui a finalement éclaté une décennie plus tard et dans laquelle plus de 3000 mille personnes ont été tuées aux nombres desquelles de nombreux Burkinabè. Sentant la menace venir l’ambassadeur Ilbouldo avait entrepris une tournée dans les différentes régions de la Cote d’Ivoire pour sensibiliser les siens à investir plus dans leur pays. Voici ce qu’il m’avait confié hors micro : « je vous dit que s’il y a quelque chose en côte d’Ivoire, la communauté qui va perdre c’est bien la nôtre. Il y a quelques semaines j’ai fait le tour des zones forestières de la Cote d’Ivoire pour sensibiliser nos ressortissants à investir au pays. Un mois plus tard après cette sensibilisation, j’ai appris avec amertume que les mêmes personnes que j’ai eu à rencontrer ont constitué une délégation pour aller rencontrer le Président Robert Guei pour lui demander de les naturaliser parce qu’ils ont trop duré en Côte d’Ivoire… » A vous d’en juger.

Frères et sœurs Burkinabè, il n’est jamais trop tard de bien faire. La perfection n’est pas de ce monde. Le hic ce n’est pas le fait de tomber. C’est le refus de se lever. Nous pouvons changer. Les Troglodytes qui étaient si méchants ont changé. Ce que Montesquieu a appelé « les nouveaux Troglodytes ». Une nouvelle génération de Troglodytes. S’ils ont changé, nous pouvons changer aussi. Leur secret a été simple : à la vertu ils ont ajouté l’amour.

Et Montesquieu écrit a son ami Mirza pour lui relater la vie des nouveaux Troglodytes : « Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes périrent par leur méchanceté même, et furent les victimes de leurs propres injustices. De tant de familles, il n’en resta que deux qui échappèrent aux malheurs de la nation. Il y avait dans ce pays deux hommes bien singuliers : ils avaient de l’humanité ; ils connaissaient la justice ; ils aimaient la vertu ; autant liés par la droiture de leur cœur que par la corruption de celui des autres, ils voyaient la désolation générale, et ne la ressentaient que par la pitié : c’était le motif d’une union nouvelle. Ils travaillaient avec une sollicitude commune pour l’intérêt commun ; ils n’avaient de différends que ceux qu’une douce et tendre amitié faisait naître ; et dans l’endroit du pays le plus écarté, séparés de leurs compatriotes indignes de leur présence, ils menaient une vie heureuse et tranquille : la terre semblait produire d’elle-même, cultivée par ces vertueuses mains. »

Par Barnabé Bazona Bado

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