CAN 2022, Raoul Savoy: «Il y a un mépris total de l’Europe envers l’Afrique»

Avant la CAN qui démarre dimanche, le Vaudois évoque les forces en présence. Sélectionneur de la Centrafrique, il fustige aussi le comportement des clubs, rechignant souvent à libérer leurs internationaux.

Sélectionneur de la République Centrafricaine, qu’il a retrouvée l’été dernier pour la troisième fois après ses passages en 2014-2015 puis entre 2017 et 2019, Raoul Savoy (48 ans) ne participera pas à la Coupe d’Afrique des Nations au Cameroun avec les Fauves du Bas-Oubangui. Dès ce dimanche, coup d’envoi de la 33e CAN, le Vaudois, qui n’avait pas disputé les éliminatoires (ndlr: la Centrafrique avait alors terminé 4e d’un groupe dominé par le Maroc et la Mauritanie), suivra à distance le tournoi continental.

«Il n’est pas exclu que je descende sur place au dernier moment, mais ce n’est pas prévu pour l’instant, explique-t-il. Je vivrai normalement la CAN par procuration, en suivant les matches sur les chaînes qui retransmettent l’événement. Je connais quasi tous les sélectionneurs, on s’appelle souvent.»

Vingt-quatre équipes réparties dans six groupes brigueront le titre détenu par l’Algérie, qui, après l’avoir emporté en finale au Caire en juillet 2019 (1-0 contre le Sénégal), ambitionne logiquement de se succéder à elle-même. Mais les prétendants ne manquent pas. «Une dizaine d’équipes peuvent prétendre à atteindre le dernier carré. Et dire que seulement cinq formations africaines disputeront le Mondial au Qatar…»

L’habitant de Sainte-Croix fait du Maroc son favori. «Il y a là une philosophie et une équipe qui n’aligne pas que des stars, détaille Savoy. Sans parler de la puissance de la Fédération… Les Marocains (ndlr: entraînés par Vahid Halilhodžić) ont vraiment envie de regagner un titre. La mainmise de l’Algérie, qui reste sur une impressionnante série de plus de 35 matches sans défaite, commence à les agacer.»

Avec la pandémie, les mesures de restriction et la déferlante Omicron, le contexte lié au Covid sera bien sûr particulier. Mais d’autres éléments pourraient venir bousculer la hiérarchie. «L’environnement peut avoir un rôle à jouer, confirme notre interlocuteur. On sait que les équipes du Maghreb, souvent intraitables à domicile, ont horreur d’aller jouer dans la zone équatoriale, où l’air est différent. Pareil pour la météo, entre forte chaleur et humidité.»

Outre les incertitudes sanitaires, la préparation de la CAN a aussi été perturbée en ce début d’année par la réticence toujours plus marquée des clubs européens à libérer leurs internationaux. Entre des employeurs refusant parfois d’envoyer les joueurs convoqués et les internationaux boudant parfois eux-mêmes une convocation, pourquoi un tel événement est-il pareillement snobé?

«Il y a un mépris total de l’Europe envers l’Afrique, avec des relents remontant à la colonisation, estime notre interlocuteur. Cela a toujours été une immense bagarre. On n’arrive pas à admettre que la CAN a le niveau d’un Euro. Pourtant, c’est hyper relevé! (…) Depuis le début des années 2000, les Africains sont devenus des joueurs clés un peu partout. Au lieu de les brimer, les clubs devraient plutôt faire en sorte de leur permettre d’assumer leurs origines.»

Aux yeux de Raoul Savoy, les distances ne sauraient constituer une excuse valable. «Pour les Sud-Américains, il n’y a jamais d’histoires, alors que c’est pourtant beaucoup plus loin. Il n’y a jamais de problèmes non plus avec les Asiatiques, qui vont encore plus loin qu’en Amérique du Sud…» Passé par Sion et Xamax, le Vaudois a également été confronté à cette difficulté: «J’ai toujours énormément de peine à disposer de tous les joueurs pour un simple match de qualification. Je dois sans cesse modifier ma liste en fonction des désistements.»

Le silence de la FIFA

Alors que la FIFA devrait bannir la frilosité des clubs, voire sanctionner ceux qui passeraient outre l’obligation de libérer un ou des joueurs, l’instance internationale préfère jouer la montre et garder le silence. «Pour contrer l’immobilisme de la FIFA, il faudrait lancer des procédures mais personne n’a jamais été au bout de cette démarche… Tout est politique, il y a toujours une arrière-pensée.»

Déplacée à plusieurs reprises en raison de la pandémie, la Coupe d’Afrique des Nations débutera ce dimanche avec le match d’ouverture opposant le Cameroun au Burkina Faso (17h à Yaoundé). Finale le 6 février (20h).

Qui sera la surprise du chef?

Pays organisateur, le Cameroun peut-il aller au bout de son rêve? Raoul Savoy dit en douter. «Pour être franc, je ne crois pas trop au Cameroun. Lors des huit dernières CAN, le pays organisateur n’est d’ailleurs jamais allé en finale.»

En 2019, lors de la dernière édition disputée en Egypte, Madagascar avait par contre créé une immense surprise en se hissant jusqu’en quart de finale pour sa première participation. Le petit poucet de la compétition avait été alors sorti par la Tunisie (0-3). Dans le rôle du poil à gratter, qui retrouvera-t-on trois ans plus tard? «Il y a toujours une surprise. A mes yeux, la Gambie, le Burkina Faso ou les Comores ont de quoi effectuer un parcours à la Madagascar.»

Le Match

 

 

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