Carnet de voyage de Roger Williams au Burkina Faso : Connaissez – vous le jus de SOBBRA ?

Alors que le Festival Panafricain du Cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) ne restait que quelques jours, moi Roger je décide de fouler le sol du pays des Hommes intègres. J’atterris à l’aéroport international de Ouagadougou. La chaleur physique m’accueille. La chaleur humaine aussi. Les rues sont presque désertes à cette heure-là. Il fait 1h du matin à l’horloge. Des policiers veillent au grain au coin des rues de la ville de Ouagadougou sous la hantise de la terreur des fous de Dieu. De la ville à la campagne j’ai fait quelques constats.

Le terrorisme. Oui le terrorisme. Ça fait désormais parti de la vie quotidienne des Burkinabè. Hier ils apprenaient ça sur les ondes des médias, ou ils regardaient ça sur les chaines des télévisions nationales et internationales. Ça se passait chez les autres. Maintenant ceux qui prétendent défendre Dieu en tuant les fils et filles de Dieu ne viennent plus seulement d’ailleurs. Ils sont maintenant des Burkinabè et ils sont recrutés dans presque toutes les régions du pays sans distinction d’ethnies. La peur est aussi généralisée en ville comme en campagne. Le fou dans la rue est suspecté. Le nouveau venu est suspect. Des rumeurs aussi rocambolesques les unes que les autres circulent. On a arrêté un terroriste dans tel marché ou dans tel ville ou village. Les terroristes devraient attaquer tel lieu ou endroit. Bref. Et c’est de bonne guerre.

Le réseau. C’est un néologisme pour moi. Un ami me demande de l’accompagner dans une banque de la place. A l’intérieur une centaine de personnes attendent, les visages inquiets tout en observant un silence de mort. « Ils disent qu’il n’y a pas de réseau, » lance une femme avant de conclure qu’elle est là depuis 8 h. Il était déjà 13 h. « La semaine passée j’ai fait toute la journée ici et puis je n’ai pas eu mon argent, » renchérit un homme très mécontent. Pendant ce temps, les guichetiers sont assis les bras croisés. Certains quittent leur bureau. Et tout le monde attend le réseau qui dicte sa loi non seulement à la clientèle mais aussi aux travailleurs. Et ça c’est inadmissible. Les banques ont toujours excité. Cette affaire de réseau est récente. Il y a dix ans de cela on ne parlait pas de réseau mais les banques fonctionnaient normalement. Comment peut – on admettre que la vie de toute une institution soit à la merci d’un réseau. Imaginez ce scenario : l’homme d’affaires ou le fonctionnaire de l’Etat qui passe toute une journée en banque parce il n’y a pas de réseau. Pour l’homme d’affaires, c’est une journée d’affaires qui sont parti à vau – l’eau. Pour le fonctionnaire de l’Etat, c’est l’Etat qui dépense pour un travail non exécuté. En somme, c’est le pays tout entier qui sombre économiquement.

 Délestage : il y avait longtemps que j’ai entendu ce mot.  Je vais dans un cyber on me dit qu’il y a délestage. Je dis c’est quoi ça ? on me dit qu’il n’y a pas d’électricité. J’ai eu soif. On me dit dans une boutique qu’il y a délestage depuis le matin. Dans les jours qui suivent, je savais épeler parfaitement délestage puisque les coupures d’électricité étaient monnaies courantes. C’est cela la dure réalité d’être un pays enclavé.

Les media. Les media foisonnent. Les media vedettes d’hier ne le sont plus. La radiotélévision du Burkina (RTB) en particulier la télévision nationale du Burkina qui était il n’y a pas encore longtemps presque la seule perd de plus en plus son audience au profit des média privés. On me dira de le prouver. Je n’ai pas des statistiques pour le prouver. C’est un simple constat. J’ai sillonné le Burkina de la ville à la campagne. Les gens préfèrent de plus en plus les média privés. Ils estiment qu’ils disent la vérité. Même s’il n’y a pas de vérité absolue. S’ils savaient lire entre les lignes, ou écouter de façon active, ils décèlerait que même ces media ont des contenus biaisés.

La recréation. Le terrorisme n’empêchera pas le Burkinabè de se recréer. Il continue de fréquenter les bars, et de se retrouver au bord d’une rue ou même en plein air quand la nuit tombe pour se régaler aux côtés des amis, de son poulet rôti ou son poisson braisé. J’ai enrichi mon vocabulaire. Connaissez-vous le jus de SOBBRA ou de Heineken ? C’est la façon aseptisée d’appeler la bière dans toutes ses saveurs dans le respect du voisin qui n’en prend pas.  

Ces salutations : c’est la saison sèche au Burkina Faso. Et ça rime avec funérailles, messes de requiem, et mariages. Le paysan balaye le fond de son grenier et le fonctionnaire racle des poches de son pantalon la dernière pièce de 100 francs ; car il faut forcément aller saluer les beaux-parents, faire signe de croix a l’église pour le repos de l’âme de Paul ou Paulette, ou chanter « Vive les Mariés » de GG Vikey quand Pierre et Pierrette convolent en justes noces.  Moi Roger j’avais oublié tout cela.

Les orpailleurs : en sillonnant des villages où   on exploite l’or, j’ai compris qu’il y a puissance dans l’argent de l’or. Les jeunes gens ont déserté les champs pour « les trous ». Nombreux sont ceux qui ne sortent plus de ces puits profonds quand survient un éboulement. Au prix de leur vie, les chanceux ont transformé des villages entiers en construisant des mini villas à la villageoise. Chaque matin les motos à grosse cylindrée pétaradent çà et là. Les orpailleurs offrent de la bière aux fonctionnaires. Le petit plat de riz qui coûtait 200 f CFA coûte désormais 4000 f CFA à certains endroits. La prostitution à pignon sur rue. Les anciens se plaignent de la nouvelle donne. Les jeunes frottent les mains. Une nouvelle ère s’annonce, une nouvelle génération est en marche.

L’incivisme : C’est dans la circulation qu’on découvre l’autre visage du Burkinabè. Il n’a aucun respect du code de la route. Moi Roger quand je conduis là-bas à l’autre bout du monde, je fais seulement attention à ceux qui sont devant moi. Au Burkina Faso, non seulement je faisais attention à ceux qui étaient devant moi, j’avais poussé des yeux à la nuque pour veiller sur ceux qui étaient derrière moi.  Mes oreilles n’étaient plus que des yeux pour mieux regarder ceux de ma droite et de ma gauche. Oh mon Dieu !  Ces cyclistes ou motoristes, ils s’en foutent. Ils sautent devant vous à l’improviste et occupent le milieu de la route. Et quand la moto disjoncte, Ils ne cherchent pas à libérer la route. Ils s’arrêtent au milieu de la voie pour redémarrer l’engin. Et gare à vous si vous bronchez.   

Ces taxis sans rétroviseurs : je ne sais pas s’il faut appeler ça incivisme ou pauvreté. J’ai vu des chauffeurs de taxi qui conduisent des taxis sans rétroviseurs. Jusqu’à présent je ne sais pas comment ils font pour rouler dans ce désordre total avec un risque d’occasionner des accidents. Pendant que moi dont le véhicule est équipé des rétroviseurs me débattais, eux faufilaient entre les gens. Je ne sais pas pourquoi les policiers ne pipent mots devant une telle situation. Je me suis demandé aussi si ces conducteurs de taxis sont exempts des visites techniques.

Le centre commercial de Ouaga 2000 : Moi Roger j’ai fait un petit tour au centre commercial de Ouaga 2000. Je ne sais pas si j’ai mal choisi le jour ou l’heure pour visiter ce centre des affaires. A dire vraie le silence infini qui régnait là – bas m’a effrayé. Des vendeurs somnolaient devant leurs boutiques. On pouvait entendre le sifflement des moustiques devant des boutiques à l’américaine. Des boutiques attendent toujours des preneurs. J’étais plus égayé et plus heureux dans les quartiers populaires que dans cet endroit « chic. »

Par Roger Williams

 

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