Carte Consulaire Burkinabè : une opposition trop présente au Burkina, et dans la presse, mais trop absente à l’étranger.

By : Bazona Barnabé Bado

Le débat politique au Burkina Faso dans ces derniers jours, qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, et qui continuera sans nul doute de polariser toutes les attentions, c’est bien le vote des Burkinabè de l’étranger, avec comme pomme de discorde, la fameuse carte consulaire. L’opposition politique rejette le nouveau code électoral sur la carte consulaire et appelle à une mobilisation. Le gouvernement explique sans trop convaincre ceux d’en face.

Les Burkinabè de l’étranger, oui la diaspora Burkinabè, puisque c’est d’elle qu’il s’agit. Alors qu’elle est devenue un bétail électoral, elle fait désormais la « une » de toute la presse non pas à l’étranger, mais au Burkina Faso, la mère patrie.

Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas la validation ou la non validation de la carte consulaire mais la stratégie adoptée par l’opposition dans son ensemble hors des frontières du Burkina Faso. Elle est trop présente au Burkina, et dans la presse, mais trop absente à l’étranger, donc pas trop connue des Burkinabè de l’étranger. Une chose est de combattre pour que la carte consulaire soit acceptée comme une pièce d’identité pour voter, et une autre est d’être convaincu qu’on aura les votes de ceux pour lesquels on se bat.

Le problème de la carte consulaire est purement et simplement politique. Et en politique l’on prend des décisions qui vous arrangent. Ceux qui disent aujourd’hui que la carte consulaire n’est pas fiable, ce sont les mêmes hier qui l’avaient validée. S’ils estiment aujourd’hui qu’elle n’est pas crédible pour que les Burkinabè de l’étranger l’utilisent pour voter, c’est qu’il y a anguille sous roche que ce soit dans le passé comme dans le présent.

Il me semble que tous les regards sont tournés vers certains pays Africains notamment la Côte d’Ivoire où il y a une forte communauté Burkinabè, donc un bétail électoral suffisant pour que l’on puisse bander les muscles. Et c’est peut-être là aussi que la carte consulaire pose un problème parce que semble t – il, elle a été établie dans des conditions mafieuses arrangeant les tenants du pouvoir d’alors. Lorsque je me faisais établir ma carte consulaire à New York, on m’a demandé mon passeport pour la confectionner. Et quand on me disait que seuls le passeport et la carte d’identité était valables pour voter, je n’y voyais aucun inconvénient puisque pour moi, celui qui a la carte consulaire a d’office le passeport et qui a le passeport a la carte d’identité ; il faut la carte d’identité pour établir le passeport.

Mais c’était une façon simpliste de voir les choses. Le Burkinabè de la Côte d’Ivoire ou d’un autre pays Africain ne voit pas la chose sous cet angle. C’est un peu plus compliqué parce que le politicien dans ses calculs politiques a décidé que ce soit ainsi.

Admettons d’abord que l’opposition politique Burkinabè gagne la bataille sur la carte consulaire. La vérité ce n’est pas la carte consulaire qui vote, mais des êtres humains. On peut avoir la carte consulaire ou tout autre document de votation, et puis ne pas se rendre dans les urnes pour jeter son bulletin de vote.

Je suis à New York, en dehors de certains membres du CDP l’ancien parti au pouvoir, qui ont ressuscité tant bien que mal le parti qui continue de chercher ses repères, je n’ai jamais entendu ou vu un autre parti politique de l’opposition mener des activités. Les votes du délégué du Conseil Supérieur des Burkinabè de l’Etranger (CSBE) était une occasion en or pour l’opposition de présenter un candidat pour mesurer sa côte de popularité. Mais hélas. On est assis à Ouagadougou, on noircit les papiers, et on remplit les journaux de déclarations, on tweet, et on envahit les toiles de Facebook. Le vrai électorat ce n’est pas forcement cette poignée de population qui lit les journaux, tweet ou qui s’arrose une dose de publicité chaque jour sur Facebook. « Ceux qui votent ne sont pas ceux qui lisent, » disait un des candidats lors des votes du délégué CSBE à New York. En d’autres termes, si on veut gagner les élections, la presse, et les médias sociaux ne sont pas forcément la solution surtout pour un pays où plus de la moitié de la population est analphabète.

Admettons aussi que la carte consulaire soit rejetée. Peu importe le document de votation.  Ceux qui détiennent le passeport ou la carte d’identité sont avant tout, des Burkinabè, donc des électeurs. Qu’est-ce que l’opposition fait pour convaincre ces derniers ? On peut me dire qu’il y a des structures de l’opposition en Côte d’Ivoire. Cependant les votes des Burkinabè de la Cote d’Ivoire ne suffit pas à lui seul pour garantir la victoire à l’opposition. Dans chaque élection, une voix de moins ou de plus fait toujours la différence.

Chers amis de l’opposition, 2020 c’est demain. Si vous voulez le changement par les urnes, c’est maintenant. C’est à Neguarpoulou et à Matiacoali respectivement dans le Sanguié et le Gourma profonds. C’est à New York et à Paris, au-delà des océans. Ce n’est surtout pas à Ouagadougou ni à Abidjan. Do not sleep, just wake up (Ne dort surtout pas, réveille-toi).

 

 

 

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