Editorial. Lutte contre le terrorisme au Burkina Faso : Monsieur le Président Roch Kaboré  dites la vérité à la France

Le rôle très controversé   que joue la France dans la lutte contre le terrorisme en Afrique en générale et au Burkina Faso en particulier révolte plus d’un. Les Africains acusent, la France dément. Et pourtant les faits parlent d’eux – mêmes.

« 270 000 personnes déplacées, 2000 écoles et 70 centres de santé fermés, » voilà les chiffres que le président Roch Marc Christian Kaboré « himself » a dévoilé à la diaspora Burkinabè des Etats – Unis d’Amérique lors d’une rencontre tête à tête avec elle à New York en Septembre dernier.

 Le secrétaire général des Nations – Unies Antonio Guterres a déclaré le 12 novembre 2019 que le Burkina Faso est le pays où le terrorisme gagne du terrain avec 486 000 personnes déplacées cette année contre 80 000 l’année passée.

Outre les déplacés, il faudra ajouter les morts qui pourraient atteindre des centaines.

Le tableau est à la fois sombre, triste et révoltant. Il est révoltant, insultant, et incompréhensible quand des bases militaires françaises  ( la force Barkane par exemple) sont stationnées au Burkina Faso tout comme au Mali pour ne pas citer les autres pays du G5 Sahel et dont l’objectif est de lutter contre le terrorisme, semble inactif quand ces fous sans foi et sans loi nous tirent dessus,  nous tuent, nous chassent, violent nos mamans et nos sœurs.

 « L’opération visera les extrémistes islamistes au Mali, au Tchad, et au Niger et aura un mandat d’opérer sur le long des frontières, » disait l’ancien président français François Hollande au sujet de la force Barkhane qui comptait 3000 soldats français. A l’époque le Burkina Faso était encore un havre de paix avec une menace terroriste latente.  

Ce que les Burkinabè ou les Maliens ne comprennent pas c’est le fait que plus de 4000 militaires français équipés avec des armes les plus sophistiqués au monde sont incapables de venir à bout de 1100 terroristes qui opèrent dans l’impunité en toute tranquillité au Burkina Faso, et qui nous endeuillent quotidiennement.

Ce que nous ne comprenons pas c’est le difficile déblocage de l’argent récolté et stocké dans les banques européennes depuis plus de deux ans. Cet argent devrait nous permettre de lutter efficacement contre le terrorisme. On nous parle de procédure. Oui pendant que la procédure piétine, les terroristes avancent et poussent les populations plus au centre du pays.

La question qui taraude nos esprits, qui nous inquiète, qui nous énerve est celle – ci :  Qui occupe par exemple les zones où vivaient les 800 000 habitants qui ont fui leurs concessions ?

Lors d’une interview télévisée, on posait la question au président Tchadien Idriss Deby sur la lenteur de cette fameuse procédure et voici sa réponse : « C’est peut-être qu’ils veulent nous contrôler ; si nous sommes en paix on n’aura plus besoin d’eux. »

Oui la France qui devrait nous aider pour débloquer ces fonds, sait que vaincre le terrorisme au Burkina Faso ou dans les autres pays Africains éloignera d’elle et petit à petit ses anciens pays colonisés. Alors que pour sa survie elle a besoin de dépendre entièrement de l’Afrique dont le sous-sol regorge des ressources minières importantes. L’or, l’uranium et peut être le pétrole au Burkina et au Mali sont des exemples.

L’heure des coups d’états aux conséquences néfastes étant révolue, le terrorisme serait devenu un autre filon pour l’ancienne puissance colonisatrice qu’il faut judicieusement exploiter pour reconquérir ses anciennes colonies qui ont du mal à faire face à la corruption et à la mauvaise gouvernance.

« Hier ils faisaient des coups d’états avec la complicité de leurs pairs africains ; aujourd’hui ils créent l’instabilité, » disait lors d’une conférence à New York l’ancienne ambassadrice de l’Union Africaine à Washington le Docteur Arikana Chihombori-Quao en indexant la France et en prenant le cas du Burkina Faso, elle déclarait : « On négocie avec ceux qui crée l’instabilité. » Ce qui a d’ailleurs valu son limogeage sans qu’aucun chef d’Etat Africain ne vienne à sa rescousse.

Et ce qu’elle a dit est indiscutable. Hier on donnait les armes et l’argent à nos frères pour tuer nos frères sur l’autel  des coups d’état. Aujourd’hui on donne les armes et l’argent à nos frères pour massacrer nos frères, nos pères, nos mères, nos enfants, sous le label du terrorisme. « C’est faux, il n’y a pas des terroristes au Mali, rétorque un parlementaire belge dans une vidéo,  . » Pour lui cette affaire de terrorisme est une machination de certaines puissances étrangères dont la France pour mieux exploiter les ressources minières.

La France doit partir. Les Burkinabè par exemple sont suffisamment mature pour faire face à leurs problèmes. Les 30 et 31 octobre 2014 est une preuve tangible que nous pouvons gérer nos problèmes entre nous. On nous dit que la pauvreté est l’une des causes du terrorisme au Burkina Faso. La pauvreté sans doute peut contribuer à alimenter le terrorisme mais elle ne peut en elle seule être la cause du mal du siècle.

On nous parle de réconciliation nationale qui pourrait aider dans la lutte contre le terrorisme. Sur le plan social le Burkina Faso n’a pas besoin de réconciliation. Nous sommes plus que jamais unis. Il y a plus d’une soixantaine d’ethnies au Burkina Faso. Les mariages inter – ethniques sont courants. Les amitiés se tissent entre individus sans aucune considération d’ethnie. La réconciliation au Burkina Faso n’a donc rien à voir avec le terrorisme. Des conflits entre éleveurs et agriculteurs ont existé depuis la nuit des temps. La réconciliation est purement et simplement un alibi de politiciens qui manquent de programmes de société.

Le président Roch Marc Christian Kaboré dépassé par la gravité de la situation a lancé un appel pour le recrutement des volontaires pour lutter contre le terrorisme. C’est politiquement, psychologiquement et moralement correcte. Cependant, c’est pratiquement impraticable. C’est une guerre asymétrique avec des terroristes qu’on ne voit pas, qui surgissent en petit groupes souvent à deux ou à trois personnes comme des fantômes pour semer la terreur avant de prendre la tangente.

Le nombre est important mais pas suffisant dans la lute contre le terrorisme. Sinon les 5,000 soldats du G5 Sahel mobilisés et qui attendent toujours les moyens pour lancer l’assaut contre ces mécréants, étaient largement suffisants.

Monsieur le président, dites à la France de nous donner des armes, des drones, des hélicoptères de guerre, et choisissez seulement 100 soldats Burkinabè entrainés et vous verrez les résultats. En ce moment nous dirons simplement au revoir à la force Barkhane ou aux autres militaires françaises qui sont au Burkina Faso.

En d’autres termes, si ceux qui financent, hébergent, nourrissent et entretiennent les terroristes cessent de le faire, le terrorisme prendra fin. Et la France a un rôle à jouer.

Bazona Barnabé Bado

 

   

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