États-Unis : à New York, la police devra désormais rendre compte de la couleur de peau des personnes contrôlées

À partir du mois de juin, le NYPD, la célèbre police de New York, va devoir prendre note de l’âge, du genre et de la couleur des personnes qu’ils interrogent. Le conseil municipal à majorité démocrate a voté en faveur de cette loi cette semaine avec un objectif de transparence.

Aux États-Unis, l’approche du sujet de la discrimination est très différente de ce qui se fait en France. Le recensement tient déjà compte de l’ethnicité d’une personne, pour pouvoir faire des statistiques plus précises. La loi va donc dans le même sens, espérant que davantage de transparence peut aussi dénoncer les déviances. Soutenue par les démocrates, elle obligera désormais les policiers à documenter de façon complète presque toutes leurs interactions publiques. Le conseil de New York a définitivement adopté cette loi controversée après avoir rejeté, mardi 30 janvier, le veto du maire Eric Adams, ancien capitaine de police, pourtant démocrate et noir.

Les 36 000 policiers de la ville devront donc bientôt noter la race, le genre et l’âge des citoyens qu’ils interrogent dans le cadre d’une enquête. Ils devront le faire même s’il s’agit d’un simple témoin dans une affaire basique, ou s’ils cherchent à retrouver quelqu’un souffrant d’Alzheimer qui aurait disparu de son domicile.

Contrer ou alimenter le climat de défiance ?

Le conseil municipal espère que la mesure forcera les policiers à rendre des comptes et à éviter le profilage racial, dans une ville où la pratique du “stop and frisk” (“arrêter et fouiller”) a été critiquée pour imposer des fouilles arbitraires un peu trop souvent aux hommes de couleur. D’après Kevin Riley, un conseiller municipal noir cité par l’agence Associated Press, une partie de la communauté noire vit mal ses interactions avec le NYPD. Il y a “une forme de peur”, dit-il.

Un incident récent a exacerbé le sentiment de ce traitement parfois contestable des hommes de couleur. Alors ce n’est pas un cas de figure qui entre dans le cadre de cette nouvelle loi, parce qu’il s’agissait d’un contrôle routier et, dans le cas d’un contrôle routier, les policiers doivent déjà indiquer ce type d’information. Mais l’affaire a ajouté au climat de défiance. Vendredi dernier, le jour du débat sur cette loi, un policier a arrêté Yusef Salaam, un homme noir, qui roulait avec des vitres teintées. Mais cet homme, qui est conseiller municipal, n’est pas n’importe qui. Il fait partie des Central Park Five, les cinq personnes accusées à tort en 1989 d’avoir violé une joggeuse blanche dans Central Park. Ces cinq personnes avaient été condamnées, avec à l’époque la pression de l’homme d’affaire Donald Trump qui réclamait le retour de la peine de mort, avant d’être innocentées par leur ADN.

Une perte de temps précieux et de la paperasse inutile pour les détracteurs

Les réactions à cette nouvelle loi sont mitigées dans la police. Le président d’une association de détectives du NYPD estime que c’est “une étape de plus” vers le but du conseil municipal qui serait “de détruire la police”. Il pense que le fossé entre citoyens et policiers va se creuser et que les forces de l’ordre risquent de perdre des éléments, frustrés par cette défiance et la paperasse supplémentaire.

La droite s’attend à ce que loi aggrave les tensions raciales et même Eric Adams, le maire démocrate et noir de New York, mais aussi ancien capitaine de police, ne veut pas de cette loi. Il a prévenu qu’elle allait faire perdre un temps précieux aux policiers, avec le risque qu’ils arrivent ensuite trop tard sur d’autres interventions plus importantes. Le New York Post a justement rappelé que le temps moyen entre l’appel au 911 et l’arrivée de la police sur les lieux d’un crime était passé de 14 à 16 minutes ces derniers mois.

RF

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