« Ils n’ont pas brûlé le pays » dixit Saran Seremé Médiateur du Faso

By : Interview réalisée par Barnabé Bazona Bado et Moustapha Diaoune

Nommée Médiateur du Faso depuis le 17 Septembre 2017, Saran Seremé a dû démissionner de son parti le PDC (Parti pour le Développement et le Changement) pour s’ériger à la tête de la quatrième institution du Burkina Faso, qui est le Médiateur du Faso. Celle qu’on appelle affectueusement la Maman Nationale, nous parle de l’institution qu’elle dirige, de son avenir politique, du symbolisme des spatules dont elle a été l’initiatrice pendant les marches de contestation, des organisations de la société civile (OSC) ainsi que de sa vision du 8 mars.

En quelques mots dites – nous qui est Saran Seremé (S S) ?

S S : C’est difficile de parler de soi-même. Saran Seremé, épouse Seré mariée mère de deux enfants. Elle a commencé à militer dès son jeune âge au début de la révolution d’aout 1983. A la fin de la révolution, elle a pris des positions contre l’assassinat du défunt Thomas Sankara. Ce qui lui a valu de se retrouver en prison, d’avoir connu l’exil, un réfugié politique au Mali, d’avoir été torturée, d’abandonner la médicine qui était son choix à l’université et maintenant de faire les sciences économiques option gestion des entreprises. Ensuite elle est rentrée, elle s’est mariée, elle a créé une société de bâtiments, travaux publics, elle est devenue entrepreneur, elle avait arrêté la politique pendant plus de dix ans, elle a recommencé à évoluer dans le social avec les populations, ce qui lui a valu leur reconnaissance et puis leurs vœux qu’elle soit leur représentant. Ce qui a fait qu’en 2002 elle a été élue députée. Elle a été promue au parlement de la CEDEAO ou elle a occupé le poste du président de la commission agriculture, après le vice-président du parlement de la CEDEAO. Ensuite face à certains actes posés à son encontre, politiquement parlant, elle qui avait évolué avec le CDP qui était le parti du président Compaoré, elle a dû se démarquer parce qu’elle a trouvé qu’il y avait des actes qui étaient aux antipodes de la décence et de ses convictions et de sa vision politique. Elle s’est retrouvée encore dans l’opposition, elle a milité donc aux CFOP avec ses camarades de lutte en refusant qu’on œuvre à la relecture de l’article 37 qui allait permettre à la pérennisation d’un pouvoir qu’elle avait estimé être personnel à un moment donné. Après il y a eu l’insurrection, et pour donner suite à l’insurrection, elle a été candidate à l’élection présidentielle comme la première femme à être candidate aux élections du pays. Ensuite elle a connu des problèmes de santé, et la voilà  encore dans la gestion du pays, à  travers une institution, la quatrième institution qui est le Médiateur du Faso, qui n’est pas une institution qui dépend de l’administration, qui récoit  des ordres de l’administration étatique, mais qui est une institution autonome et indépendante, dans laquelle elle œuvre à défendre les droits et les intérêts du citoyen face à l’administration dans ses dérives,  abus, et dysfonctionnement qui peuvent survenir au cour des décisions et des actes posés dans le système administratif. Saran Seremé est donc actuellement le Médiateur du Faso du Burkina Faso appelé dans certaines contrées l’ombudsman ou bien le défenseur des droits si on est en France, et défenseur des citoyens quand on est aux Etats – Unis.

Vous venez de dire que vous êtes défenseur des droits quels sont les droits que vous défendez et comment vous protégez le citoyen Burkinabè ?

S S : Nous défendons les droits face à toutes les erreurs administratives, face à la super puissance de l’Etat qui n’est pas une personne physique ni une personne individuelle qui n’a donc pas de sentiment, qui parfois dans sa mise en œuvre, comme nous l’avons dit peut poser des actes qui ont tendance à léser le citoyen. Les droits du citoyen sont multiformes. Et dans nos pays l’Etat est au centre de toutes actions. On peut venir aux Etats – Unis ou aller en France et ne même pas sentir la main de l’Etat. Sauf dans le rôle régalien de l’Etat. Mais dans nos pays, l’Etat est au centre de presque toutes les préoccupations, de toutes les décisions. Que ce soit pour des questions administratives où vous avez parfois des fonctionnaires, du personnel administratif qui se sentent parfois lésés, dans leur évolution, dans leur carrière, des actes qui peuvent se poser à leur encontre, que ce soit des abus d’humeur, d’actes posés à leur endroit qui est en porte à faux avec la règlementation, que ce soit pour un problème infrastructurel que l’état devrait normalement prendre en charge, un problème matériel, de personnel. Quelle que soit la préoccupation, tant que c’est face à l’Etat, le citoyen, le groupe de citoyens peut interpeller par exemple le Médiateur du Faso, mais également le Médiateur du Faso peut s’auto – saisir sur toutes questions ou elle estime qu’un groupe de citoyen a été lésé. Et chaque fois qu’un individu, un citoyen estime que son droit a été lésé, cet individu peut simplement faire appel au Médiateur du Faso. Et nous nous portons garant de son avocat pour le défendre face à la super puissance de l’Etat.

Est – ce que vous pouvez nous donner des exemples de cas dans lesquels vous avez eu à intervenir ?

S S : J’occupe cette fonction depuis le 27 octobre 2017 et vous savez que la situation post insurrectionnelle interpelle le leader, toutes les consciences. Les populations estiment connaitre maintenant leur droit, mais la stratégie adoptée, appliquée ou recherchée, l’application de ce droit pose parfois un problème de tel sorte qu’on se trouve dans une situation ou l’autorité de l’Etat, est carrément mise à rude épreuve. Nous nous trouvons dans une situation où nous avons la culture de l’incivisme assimilable parfois à de l’anarchie dans certaines situations. C’est déplorable parce que nous avons des droits mais nous avons également des devoirs. Mais un peuple qui ne sait pas défendre son droit est assimilable à un peuple mouton ou à des animaux. C’est normal que le peuple défende son droit. C’est normal aussi que le peuple sache qu’il y a des normes, des valeurs que nous défendons que nous représentions et que nous ne devons pas passer outre. Si nous sommes en démocratie nous devons savoir qu’il y a des institutions qui représentent l’autorité de l’Etat, nous ne pouvons pas passer le temps à nous faire justice, et par la mauvaise manière. Nous prenons l’exemple du cas de Saponé, nous étions saisis de cette équation. Entre les populations c’était par exemple un problème politique qui a commencé au sein du parti majoritaire. Après lors des élections, il y a eu des problèmes avec l’UPC et le MPP. Ensuite c’est devenu un problème administratif, puis que nous avons vu que l’instance dirigeant de la commune a été dissoute une première fois puis une seconde fois. Et dans cette dissolution, les populations estimant que les voies utilisées n’étaient pas forcement les meilleures et que d’ailleurs l’Etat n’a pas respecté ses propres textes, les populations ont porté plainte. Mais avant de porter plainte, il y avait  une déliquescence du climat social et les populations s’en étaient prises aux domiciles privés. Il y a la mairie qui a été brulée. Le Médiateur du Faso est intervenu ne serait-ce que pour apporter l’accalmie, amener les frères à s’ asseoir sur la même table et discuter. Même s’il n’y a pas eu entente, sur leur position, en ce moment ils peuvent aller en justice et vivre en toute fraternité sans en découdre les uns avec les autres puisque nous voyons que les femmes ne pouvaient même plus aller au marché, et les gens ne se saluaient plus et se regardaient en chien de faïence. C’était des machettes et des coupes – coupes comme si nous sommes au néandertalien. C’était déplorable. Mais aujourd’hui il y a la paix, la joie, il y a l’amour. Les fils parlent ensemble. Et d’ailleurs le conseil d’Etat vient de dissoudre le décret qui avait été signé par le chef de l’Etat en disant qu’il n’était pas conforme aux textes C’est un des cas. Le deuxième cas, nous prenons l’exemple d’une institution, nous ne disons pas tout le temps les noms, qui ne voulait plus renouveler le contrat d’une trentaine de contractuels qui travaillent pourtant dans cette institution depuis plus de 20 ans, d’autres 15 ans, d’autres 25 ans. Donc ils ont fait toute leur carrière dans cette institution. Ayant plus de 45 ans, ces personnes ne pouvaient plus passer des tests dans la fonction publique. Et les libérer après ce nombre d’années, pour nous c’est une question d’injustice. Bien que ces personnes étaient liées par des contrats à durée déterminée, selon la loi l’institution avait son droit de les libérer quand elle voulait. Mais selon l’equité, la justice sociale, le Médiateur a estimé que l’institution n’avait pas ce droit-là. Le Médiateur est la seule institution qui peut passer outre la loi tant qu’elle estime que la loi même qui s’applique n’est pas juste, équilibrée, équitable, pour le citoyen. Donc nous avons demandé à cette institution de surseoir, c’était l’ONEA, à cette décision et d’intégrer ces personnes-là … Nous avons dit que ce n’était pas normal d’utiliser pendant un certain nombre d ‘années des citoyens à un poste et de les libérer du jour au lendemain en faisant signer des contrats d’un an. Il y a eu le cas concernant la crise des élèves avec les enseignants. La crise était très forte et a dure depuis plus de trois, quatre mois les enfants ne partaient plus en classe et le Burkina Faso était menacé d’aller vers une année blanche. Lors d’une de nos tournées, les enfants sont venus à plus de 1000 nous trouver pour dire comme on aime m’appeler la Maman nationale, Maman nous nous voulons aller à l’école. Nous sommes fatigués de rester à la maison, nos parents sont des cultivateurs et ménagères qui triment pour payer nos études et actuellement nous sommes à la maison. Franchement nous n’en sommes pas fiers. Ils ont posé le problème de manière poignante, qu’on s’est saisi du dossier. On a rencontré les présidents des organisations des parents d’élèves, les syndicats, la coordination des enseignants qui a été mise en place et nous avons trouvé un terrain d’entente que nous avons transmis au gouvernement qui a pu en trois jours dénouer cette crise qui perdurait depuis. Il y a eu beaucoup de cas que ce soit avec des pharmaciens, que ce soit avec des médecins ou nous avons dénouer des crises sans compter les questions individuelles et personnelles.

Comment voulez – vous qu’on vous appelle ? c’est Madame le Médiateur du Faso ou Madame la Médiatrice du Faso ?

S S :  Il n’y a pas de différence à part que selon les textes, le Médiateur du Faso est la seule institution ou le premier responsable porte le titre de l’institution. C’est-à-dire c’est Madame le Médiateur du Faso. Tout simplement parce que c’est une institution qui œuvre à travers une magistrature d’influence pour faire passer par la conciliation et le dialogue les résultats qu’elle cherche à atteindre. Donc on met beaucoup la personnalité du premier responsable de l’institution en œuvre pour atteindre les objectifs.

Qu’est – ce que la journée du 8 mars représente pour vous ?

S S :  Une journée qui a été acquise de longue et haute lutte par des femmes il faut le dire, mais une journée de réflexion, pas une journée festive comme nous le constatons. Mais les femmes ont tellement travaillé pendant des années, ont tellement été stressées et vu le climat social, elles ont moins la latitude d’aller se détendre et s’éclater les jours ordinaires surtout dans nos contrées. Donc cette journée devient une journée où elles ont l’occasion, parfois d’éclater et de manifester leur joie. Cette année c’est marquer par l’enterrement des disparus du dernier attentat, mais nous avons œuvré, surtout la ministre de la promotion de la femme nouvellement nommée a beaucoup œuvré à donner la vision qui sied au 8 mars. Une journée de dialogue, surtout de réflexion avec les autorités, avec les populations, avec les citoyens, d’une manière générale, avec les femmes elles-mêmes pour qu’elles commencent à se remettre en question, à remettre toutes leur vision, leur stratégie en question pour oser aller à la conquête du pouvoir, pour éduquer différemment leurs enfants parce que c’est elle qui éduque toute la communauté. L’homme qui qu’il soit vient d’une femme et a été éduqué par une femme en lui transmettant des valeurs qui sont les nôtres.  Elle doit œuvrer à ce que l’homme puisse voir la femme au-delà du fait qu’elle occupe plus la moitié du pourcentage de la population de la terre. Elle est quand même la moitié du pourcentage du potentiel économique, humain, et social. Personne ne peut évoluer en laissant en marge la moitié de son potentiel, surtout nous les pays pauvres c’est un luxe dont on ne peut se prévaloir. Pour nous le 8 mars est une opportunité d’interpeller les autorités politiques, administratives pour qu’elles aient un changement dans leur vision, dans les politiques adoptées, pour permettre aux filles d’atteindre cette efficience dans la scolarité, dans la formation pour celles qui n’ont pas eu la chance d’être scolarisées ou qui ont été déscolarisées, pour permettre qu’elles occupent les postes de décision, leur permettre d’apporter leur vision et surtout de changer la donne pour leur sœurs, pour leurs filles. Pour que cette vision qui consiste à voir la femme comme l’être inferieure qui doit simplement servir, qui ne doit pas broncher, mais qui doit être douce et calme, mais surtout tout encaisser parce qu’elle est la mère, mais plutôt la voir en toute complémentarité, comme l’être humain, qui vient pour qu’ensemble ils construisent leur bien-être.

 Dès les premières heures du 8 mars ou de la journée internationale de la femme, il était question entre autres du droit de vote des femmes, le droit au travail, et la fin des discriminations au travail. Aujourd’hui les femmes ont le droit de vote, et sont employées à tous les niveaux au même titre que l’homme. Au regard de tout ça, est – ce que le 8 mars a toujours sa raison d’être ?

 S S : Bien sûr parce qu’en Afrique si vous rentrez dans les contrées, il y a des femmes qui n’ont pas leur carte nationale d’identité en main, ces cartes sont détenues par les hommes. Et on les accompagne comme du bétail électoral juste le jour des votes. Les politiciens véreux qui ont toujours besoin des femmes pour se faire élire, mais jamais pour positionner des femmes. Il faut qu’on arrive à contourner toute cette stratégie de récupération qui a été faite au-delà des lois que nous avons. En vérité, les textes juridiques mettent la femme et l’homme au même pied d’Egalite. Vous n’allez jamais voir un texte de lois qui dit que les citoyens ne sont pas égaux devant la loi. Mais nous savons que dans les faits, cette injustice est plus que criarde. Il n’y a point d’équité, il n’y a point d’égalité, nous estimons qu’il y a un grand travail toujours, parce que pour changer les mœurs, pour changer les mentalités, c’est le combat le plus difficile à atteindre. Nous ne pouvons jamais changer les mentalités en un temps record. C’est un grand travail qui reste à faire. Et ces journées de 8 mars ne s’appliquent pas seulement aux pays en voie de développement ou aux pays dit pauvres. Quand j’étais à l’Assemblée nationale, quand je suis venue ici lors de l’investiture de Barack Obama, nous étions seulement à 17% de représentation féminine, nous sommes aux Etats – Unis, elles étaient également à 17% de représentation féminine. En France il y a une loi de parité qui a été adoptée, bien que tous sont scolarisés. Vous voyez que ce n’est pas seulement un problème de scolarisation. C’est ancrer dans les mœurs ou il est difficile de laisser des femmes occuper des postes.

Qu’est ce qui explique ça ?

S S :  C’est la socialisation. On fait croire à l’homme que se faire diriger par une femme, c’est qu’il n’est pas homme. On met sa masculinité à rude épreuve. Et quel que soit le pays, vous verrez ça.  Vous verrez qu’ici (USA) on a préféré certaines personnes que les gens critiquent aujourd’hui à une Hilary Clinton en vérité. En France, on a préféré d’autres personnes à Ségolène Royale. Il n’y a pas de niveau de développement pour essayer de dépasser cette équation. C’est une lutte de longue haleine et on ne peut pas changer la donne en claquant des doigts.

Saran Seremé

Vous allez y arriver ?

S S :  Déjà il y a une grande évolution. Il ne faut pas négliger tout ce qui s’est passé. Nous allons y arriver.  Moi vu tout ce que j’ai subi ou vécu, beaucoup ont parié que j’allais abandonner la politique. Mais je ne faisais plus la politique pour moi-même. Je fais la politique pour changer les mentalités. J’ai été candidate pour montrer qu’une femme peut, pas seulement dans la lutte, pas seulement en suivant certains hommes, mais on a la capacité d’être candidate. Mais ce ne sont pas tous ceux qui sont candidats qui vont être élus. Il y a eu beaucoup d’hommes qui ne sont pas passés, les femmes peuvent ne pas passer, et la lutte continue. La lutte pour se battre pour le bien-être des populations. En apportant nos visions ensemble dans la divergence et avec des différences parfois, c’est l’ensemble de ces apports qui feront notre force pour avancer. Pour moi je salue tout ce qui a été mené par les femmes comme lutte, par des hommes aussi parce que ce n’est pas seulement les femmes qui se battent pour les femmes. Ça serait une aberration. Nous sommes dans un monde cosmopolite, nous avons besoin de dirigeants et d’hommes engagés aux côtés qui comprennent que la question n’est pas sexiste. La question est une question de développement parce que on ne peut aller en laissant la moitié du potentiel de côté.

En 2012, vous décidez de claquer la porte du CDP le parti au pouvoir à l’époque en créant votre parti le PDC (Parti pour le Développement et le Changement). Quelles étaient les vraies raisons de votre départ ?

S S : Les raisons, comme je l’ai dit, il y avait beaucoup d’actes qui étaient aux antipodes de ma vision politique. J’ai combattu d’abord le système Compaoré au début en 87, 88, jusqu’en 2000. J’ai adhéré après la journée de pardon, après la mort de Norbert Zongo, j’ai servi dans un système où j’ai vu implémenter une certaine démocratie différente des temps d’exception. Mais à partir d’un certain moment il y avait des déviances qui commençaient parce que nous étions à la limite du mandat présidentiel et tout était mis en œuvre pour que le mandat puisse perdurer et cela devenait un vrai problème. Mais les critiques que nous avons fait à l’interne évidemment ne semblaient pas passer. Parce que nous avons eu le CCRP (Conseil consultatif sur les réformes politiques) où j’étais la seule femme membre du groupe de la majorité. La relecture de l’article 37 était passée non consensuelle, et tout ce qui était non consensuel devrait être écarté d’office.  Pour nous nous étions dans une grande réforme avec un dialogue national où la relecture de l’article 37 était déjà mise de côté. Mais malheureusement nous avons vu les velléités continuer. Et moi j’étais celle qui se levait lors des réunions pour dire non et qu’il n’était pas question que nous refusions ce que nous-mêmes avions adopté comme principe. Et le principe était que tout ce qui était non consensuel ne puisse pas être appliqué. L’un dans l’autre est-ce cela les raisons, lorsque j’étais invitée ici (USA) lors de l’investiture de Barack Obama j’étais accueillie à l’aéroport avec l’incendie de mon domicile. Que l’on ait fait passer pour un acte politique de contestation entre ceux qui contestaient les élections législatives et moi. Et pourtant c’était autre chose. Nous avons su que c’était autre chose comment ? Parce que ces personnes l’affirmaient et je n’y croyais pas. Mais le fait que le premier responsable ait été plébiscité malgré qu’il ait été rejeté par la base lors des primaires, il a été plébiscité pour le mettre tête de liste après avoir été sur le terrain avec les jeunes et poser les actes aux antipodes de la décence contre ma personne en faisant incendier mon domicile familial, c’est le domicile de mon père, mais non pas seulement ça, mais on a haché plus d’une quarantaine de femmes, avec des machettes et des coupe – coupes à Tougan chez moi. Et pour moi ça c’était inconcevable que je puisse être sur cette liste avec cette personne. D’autres ont cru que c’est parce que j’avais été mise deuxième que j’ai quitté. Je voudrais dire ici que j’ai contesté deux élections. Toutes les deux élections je n’ai jamais été tête de liste, et je suis rentrée. La première élection c’était une élection régionale pour les législatives, j’étais cinquième sur la liste, et la deuxième élection, j’étais deuxième derrière Robert Sangaré, et je suis rentrée. Là c’était la troisième élection, même deuxième je savais que je passais. Et je n’étais pas prête pour marcher sur des cadavres justes parce que je veux être député.  J’ai compris que nous étions dans des dérives terribles tout simplement, parce que j’avais des positions, qui n’étaient pas de nature à plaire aux autres parce que j’avais pris des positions contre la relecture de l’article 37. En ce moment j’étais vice-présidente du parlement CEDEAO mais j’ai démissionné de l’Assemblée nationale, j’ai démissionné du parlement de la CEDEAO puisqu’il fallait être député pour être là-bas. Et puis j’ai créé le PDC que certains ont appelé le CDP renversé. 

L’année 2014 a été celle des plus décisives au Burkina Faso, avec le départ de Blaise Compaoré du pouvoir, la transition, et le coup d’Etat du General Gilbert Diendieré, on vous a vue sur tous les fronts et surtout cette marche de protestation avec des spatules dont vous seriez l’initiatrice. Qu’est – ce que les spatules représentaient pour vous ?

S S :  Les spatules en réalité représentaient la volonté des femmes d’utiliser un instrument qui est leur premier outil de travail. Parce qu’au Burkina Faso notre premier repas c’est le tô. Nous préparons le tô et nous nourrissons toute la famille avec le tô qui est préparé avec la spatule en bois. Il est reconnu dans nos contrées que quand une femme soulevé la spatule vers un homme, c’est un avertissement. C’était pour dire ça suffit arrête ! Mais si elle frappe l’homme avec la spatule, c’est là la malédiction infinie. Mais la soulever, c’est pour une mise en garde suprême. Quand nous avons constaté que certains hommes avaient peur de sortir, il y avait une décision qui avait été signée par le gouvernement pour tirer sur les manifestants, quand nous avons appris que cette décision avait été signée, pour tirer sur des fils du Burkina Faso, nous avons estimé qu’en tant que mères, nous avons le devoir de dire non. De dire au président Compaoré ça suffit. Avant toutes choses tu viens d’une femme, et tu as eu une mère, et les mères sortent toutes tendances confondues, pour te dire voici un bâton que nous te tendons parce que tu es en train de te noyer, voici une porte que nous t’offrons, pour que tu sortes par cette grande porte parce que nous savions qu’il était en train de dériver. Aucun chef de l’Etat depuis les indépendances n’a accepté tirer sur le peuple Burkinabè juste pour conserver le pouvoir. Ce n’était pas un acte pour aller bruler, c’était une marche pacifique pour lui dire ça suffit. Mais nous remercions l’armée et même lui-même (Blaise Compaoré) parce qu’ils n’ont pas tirer sur les femmes.

Vous avez été nommée Médiateur du Faso le 17 Septembre 2017 et en même temps vous démissionnez à la tête de votre parti. Est – ce une démission définitive, ou bien vous comptez reprendre les rênes de votre parti après votre mandat de Médiateur du Faso ?

S S :  Je n’aime pas prédire l’avenir. Dieu seul a soin de demain. Je peux faire une parenthèse sur ma carrière politique cela ne veut pas dire que je raccroche définitivement. Je ne l’ai jamais dit. Cependant pendant que j’occupe la fonction, je me suis engagée sous serment à ne pas refaire la politique active personnellement, à ne pas briguer un autre poste. C’est un choix que j’ai fait parce que j’ai été très malade après les élections, juste avant les élections d’ailleurs. Quand je me suis rétablie, j’ai vu que l’incivisme qui nous colle même jusqu’à la peau, devait d’une manière ou d’une autre cesser. En tant que Médiateur du Faso, j’ai cette possibilité à œuvrer à diminuer les frustrations des populations parce que c’est une somme de frustrations qui poussent les populations à agir, à vouloir se faire justice soi-même. Ou parfois une mauvaise information qui peut les pousser à vouloir se rendre justice parce qu’elles estiment que la justice ne les défend pas efficacement alors que la justice coule sous le poids de tous les dossiers qui lui sont affectés. Il y a pourtant une institution de défense des citoyens qui est la qui peut défendre les citoyens de manière conciliante sans passer par une résolution conflictuelle… Nous n’avons pas le droit de bruler ce que les ainés ont préservé. Je ne vois pas pour qu’elle strapontin un individu serait prêt à bruler son pays.

Mais des gens ont brûlé le pays.

S S :  Ils n’ont pas brûlé le pays. Les dégâts ont été limité à temps. Ça dépend quel que soit le groupe où ils étaient :  que ce soient ceux qui ont voulu appliquer la relecture de l’article 37 par leurs actes ont amené le peuple à engendrer une révolution, ils ont su partir à temps il faut le reconnaitre parce qu’ils auraient pu rester et créer plus d’hécatombe même s’ils allaient y laisser leur vie. Il y a eu des morts, nous le déplorons, c’est pourquoi le peuple demande que justice soit faite quitte à ce que sur le plateau de la réconciliation nationale, nous puissions alors nous pardonner et nous asseoir ensemble. Mais pour ceux qui se sont battus ils ne font que se défendre face au pouvoir suprême qui les poussait à bout. Chaque fois ils sortaient pour des marches pacifiques, mais quand on a tiré sur certains manifestants devant certains domiciles, le peuple n’a pas pu se contenir. C’est cette vérité parfois que les gens refusent d’admettre qu’avant d’arriver à l’acte, c’est quand on a dit aux jeunes qu’il y a certaines personnes qui sont mortes devant des domiciles, que les gens ont explosé et ont commencé à allumer…

Saran Seremé

Des mouvements ou organisations de la société civile (OSC) pullulent de plus en plus au Burkina Faso. Il y en a de toutes les couleurs et de toutes les farces. Est – ce une bonne ou mauvaise chose ?

 S S :  La dynamique que nous constatons est à saluer au Burkina Faso. Tant que le peuple sait qu’il a des droits et qu’il doit les défendre, c’est déjà positif. Mais comme je dis les voies utilisées ne sont pas forcément les meilleures. Il y a des organisations de la société civile qui se substituent en partis politiques. Ce n’est pas aisé parce qu’il y a eu les temps d’exception qui étaient par exemple la période de la transition. On a bien dit une transition, cela ne peut pas être une habitude. Nous sommes revenus au pouvoir républicain, nous avons des instances républicaines et chaque organisation de la société civile doit jouer le rôle qui est le sien à savoir être un puissant contrepouvoir mais dans le domaine social, mais pas politique nous précisons, être une force de proposition afin d’éduquer, d’informer et de sensibiliser les membres et les citoyens d’une manière générale. Mais quant à l’occupation de postes de responsabilité, les actions et positions politiques, que chacun s’assume, si on ne veut plus être de la société civile qu’on redevienne parti politique tout simplement… Une institution comme le Médiateur du Faso peut aider à réguler ces crises. Chaque fois qu’une organisation de la société civile a une préoccupation essentielle face à des dérives qu’elle constate, ou à des dysfonctionnements, ou des abus de pouvoir, le Médiateur du Faso est là pour porter leur voix, et les défendre auprès de l’institution.

Est – ce que vous êtes déjà intervenu au niveau de ses organisations de la société civile ?

S S :  Oui nous avons rencontré la coordination nationale des organisations de la société civile, nous les avons interpellés sur leurs rôles quant à réguler les organisations qui font autre chose que de la politique, que d’être dans leur domaine, chacun doit jouer son rôle.

Avant que vous ne soyez nommée comme Médiateur du Faso, une autre figure de la contestation, en l’occurrence Cherif Sy a été nommé Haut représentant du chef de l’Etat. C’est l’heure du partage du gâteau ?

S S :   Je ne sais pas qu’est – ce que vous appelez gâteau parce que ce mot ne me plait pas du tout et ne me sied pas ça c’est un, et de deux, nous avons un devoir historique devant notre nation, et tout fils où qu’il soit, est interpellé pour apporter sa contribution, à la gestion des affaires publiques de la cité. Le fils qui ne veut pas faire la politique c’est son droit, il peut la faire par la société civile ou dans l’administration ou autre. Mais les premiers postes de responsabilité reviennent forcement à ceux qui ont cette vision et qui se sont mis ensemble pour apporter un changement à travers une vision commune en adhérant au programme de celui qui a été élu. Cette histoire du gâteau s’il y a gâteau j’appellerais cela du patriotisme quant à venir occuper des postes de responsabilité pour apporter sa contribution. On ne peut pas passer sa vie à critiquer sans mettre la main à la pâte. C’est plus tôt un gâteau que nous avons confectionné pour le peuple Burkinabè. Parlez-moi aussi de Zéphirin Diabré qui est chef de file de l’opposition qui est pris en charge par l’Etat au compte du Burkina Faso et sur tous les plans. Et pour moi c’est normal. Et même étant chef de file de l’opposition la personne apporte des critiques objectives et non subjectives…

Votre mot de la fin ?

S S :  J’aimerais vous féliciter pour cette noble initiative que vous avez de faire connaitre le pays, les institutions aux populations, de donner l’information juste à nos populations qui habitent ici, hors de votre patrie, loin des siens. Je félicite tous les Burkinabè qui ont pu s’intégrer, honorablement au niveau des Etats – Unis, et tout le peuple Burkinabè qui se bat au quotidien malgré les épreuves, auxquelles nous sommes confrontés parce que vous savez qu’il y a le terrorisme qui est très marqué au Burkina Faso, que nous œuvrons vraiment à endiguer parce que nous n’allons pas baisser les bras, nous n’allons pas faillir ou courber l’échine face à certains extrémistes. Nous saluons ce peuple Burkinabè qui vit dans une certaine précarité, mais qui l’assume fièrement. Ils se battent par patriotisme, par esprit d’engagement. Nous saluons enfin le peuple Burkinabè pour cet exemple qu’il a été dans toute l’Afrique pour la lutte menée en 2014. Mais nous le saluons surtout pour la hauteur d’esprit que ce peuple a en n’implémentant pas l’esprit de vengeance, en voulant aller coûte que coûte, vaille que vaille vers la réconciliation nationale qui est le socle et qui est notre seule porte de sortie…

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