Journée internationale du souvenir de la traite négrière : Trois femmes puissantes qui ont combattu l’esclavage

A l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière, organisée ce dimanche, « 20 Minutes » vous présente des femmes qui se sont battues pour leur liberté et celle des autres

  Sojourner Truth, Cudjoe Queen Nanny, Olympe de Gouges : des femmes puissantes, des femmes libres, des femmes qui ont fait l’Histoire. A l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière ce dimanche, et de l’exposition Dix femmes puissantes, organisée au Pôle mémoriel national de l’Est de la France et de la Suisse  à Fessenheim (Haut-Rhin), 20 Minutes vous conte le destin de ces héroïnes. Stratèges, oratrices, ou révolutionnaires, ces femmes restent encore aujourd’hui des modèles.

Sojourner Truth, l’oratrice

La vie de Sojourner Truth est une somme de tragédies et de courage. Née esclave, elle fut séparée de ses parents à l’âge de neuf ans, à la mort de leur « propriétaire ». Elle est alors vendue avec un troupeau de moutons pour 100 dollars à un homme violent, puis à un autre homme chez qui elle apprend l’anglais, raconte le riche catalogue de l’exposition Dix femmes puissantes. Plus tard elle rencontre un homme esclave et tombe enceinte, mais le propriétaire de ce dernier les sépare, et Sojourner Truth sera forcée d’épouser un autre homme.

Un an avant que l’esclavage ne soit aboli, elle s’échappe, et, apprenant que son fils a été vendu à un propriétaire du sud, elle porte plainte au tribunal et obtient son retour. « C’est le premier procès dans lequel une femme noire remporte dans un tribunal américain une victoire contre un homme blanc », précise l’exposition. Sojourner Truth, qui s’appelait avant Isabelle Baumfree, prend alors son nom de « Sojourner » (la voyageuse ou la prêcheuse) « Truth » (en quête de vérité). Elle rencontre bientôt les grands abolitionnistes de l’époque et sillonne les Etats-Unis en prêchant contre l’esclavage et pour les droits des femmes.

Sojourner Truth ne savait ni lire ni écrire, mais ses vibrants discours, « mélange d’engagement politique et religieux » « l’ont fait passée à la postérité », selon la chercheuse Audrey Célestine qui prépare un livre de portraits de femmes noires pour octobre (Des vies de combat, chez Iconolaste). En 1863, elle s’élève contre le racisme : « Dieu n’aime-t-il pas autant les enfants de couleur que les enfants blancs ? », s’écrie-t-elle. La même année est publié un discours tenu à la Convention des droits des femmes, où elle avait répondu à un homme qui contestait l’égalité des sexes, égrainant tout ce qu’elle savait aussi bien faire que les hommes et ponctuant sa réponse de la phrase « Ain’t I A Woman ? » (« Ne suis-je pas une femme ? ») : « Regardez-moi ! Regardez mon bras ! J’ai labouré, planté et rempli des granges, et aucun homme ne pouvait me devancer ! Ne suis-je pas une femme ?/Je pouvais travailler autant qu’un homme (lorsque je trouvais du travail) ainsi que supporter tout autant le fouet ! Ne suis-je pas une femme ? ». C’est son discours le plus célèbre.

 Cudjoe Queen Nanny, la fine stratège

Nanny est née en 1686 au Ghana, et vendue enfant comme esclave avec ses trois frères sur l’île de la Jamaïque. Ils fuient tous ensemble et s’établissent dans ce qu’on appelle les Blue Mountains, un massif montagneux qui occupe le tiers oriental de l’île. Ils y fondent un village où viennent habiter d’autres marrons, comme on appelle les esclaves qui s’enfuyaient. Nanny Town était située au bord d’un précipice, et rendait les attaques difficiles, comme le relève le catalogue écrit par la spécialiste de l’histoire coloniale Françoise Vergès.

Nanny développa des talents de fine stratège, précise le livre : « Elle avait adopté des tactiques de guérilla, elle ordonnait à ses guerriers de s’habiller de façon à ressembler aux arbres et aux buissons et envoyait des hommes se montrer volontairement aux soldats britanniques pour les faire tomber dans des embuscades. »

Nanny fut tuée en 1733 par un esclave noir aux ordres des Britanniques, mais grâce à elle et à de nombreux hommes et femmes, l’esclavage fut aboli 100 ans plus tard en Jamaïque. « Queen Nanny est une figure iconique de la résistance servile par le marronnage, dont l’importance dans l’histoire de l’esclavage est illustrée notamment par sa place au Panthéon des Héros de la Jamaïque (seule femme à côté de six hommes) et la présence de son image sur le billet de 500 dollars jamaïcai», commente Dominique Rogers, maître de conférences en histoire moderne à l’université des Antilles et de la Guyane.

Olympe de Gouges, la révolutionnaire

Olympe de Gouges est une révolutionnaire du XVIIè siècle, célèbre pour avoir écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791 mais aussi pour son engagement sans faille contre l’esclavage. On pourrait presque dire, en faisant un anachronisme osé, qu’il s’agit d’une des premières féministes intersectionnelles avant l’heure, ces militantes qui relèvent les aspects spécifiques de discriminations croisées.

Son engagement s’est traduit dans une pièce de théâtre, L’Esclavage des nègres ou l’Heureux Naufrage, qui dénonçait le système économique esclavagiste, et a failli lui valoir la Bastille. La pièce, « premier drame à mettre en scène des esclaves noirs comme de vrais personnages », conte l’histoire d’un couple de marrons réfugié sur une île déserte pour échapper aux sévices qu’il encourt », résume le catalogue. Elle est jouée à la Comédie française et permet de sensibiliser l’opinion publique.

« C’est une précurseuse », analyse Frédéric Régent, maître de conférences à Paris 1 et spécialiste de la Révolution française et de l’esclavage. Olympe de Gouges a écrit de nombreux autres ouvrages contre l’esclavage, comme Réflexions sur les hommes nègres et la pièce Le Marché des Noirs, en 1790, quatre ans avant la première abolition.

Source : 20 Minutes

 

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