La communauté Africaine de New York demande Justice pour l’Ivoirien Kevin Diaby

Au Pied de la géante statue du tout puissant activiste et abolitionniste noir Frederick Douglas au cœur de Harlem reconnu pour être le quartier des Noirs à New York, des marcheurs brandissent des pancartes à l’effigie de Kevin Diaby en scandant des slogans « Justice pour Kevin ».

La marche était prévue pour se tenir à 18 h. Nous arrivons sur les lieux à 17 h 30. Aucun marcheur n’est là. Une présence massive de la police est visible. La presse New Yorkaise est aussi à l’heure. A 18 h, une dizaine de personnes s’arrête devant la statue de Frederick Douglas. Elles brandissent des pancartes. On pouvait lire ceci : « Justice for Eric Garner », « Fire Pantaleo ! » « Hold police accountable Now!” Ce qui signifie en français : “ Justice pour Eric Garner, » « Licenciez Pantaleo tout de suite ! » «  Que la police soit tenue pour responsable ! »

Nous nous approchons des marcheurs. « Pourquoi marchez – vous? » Nous leur avons demandé. « Nous marchons pour que justice soit rendue à Eric Garner, » nous répond une jeune fille très prolixe.

Nous nous sommes alors trompés ? Eric Garner est ce Noir Américain qui a été tué il y a cinq ans par la police New Yorkaise alors qu’il vendait des cigarettes interdites.     Alors qu’un policier l’avait serré au cou et l’ immobilisé  au sol, Eric criait « I can ’t breathe. » En français « Je n’arrive pas à respirer. » Quand il fut lâché, c’était trop tard, l’imparable s’était produit : Eric a rendu l’âme sur – le – champ.

 Les trois leaders de “Black Lives Matter”

Après cinq années ponctuées de marches et de luttes, le policier en question a été traduit en justice. Le verdict venait de tomber tel un couperet dans le dos. La justice fédérale a dit que l’officier de police Pantaleo n’est pas coupable de la mort d’Eric Garner. C’est pour protester contre cette décision, que le mouvement populaire « Black Lives Matter » est descendu encore dans la rue pour demander Justice pour Eric Garner.  Les leaders activistes de « Black Lives Matter » étaient tous là : Hawk Newsome 42 ans et Président,  Chivona Newsome, 35 ans et Directrice Exécutive, et Nupol Kiazolu, 18 ans et présidente des jeunes du mouvement « Black Lives Matter. »

Il est 18 h 30 mn. Nous voyons apparaître derrière le grand immeuble environ une centaine de femmes Africaines. Aucun homme parmi elles. Elles se regroupent pour accorder leurs violons. Pendant ce temps l’on scandait des slogans hostiles à la police de l’autre côté au pied de la statue de Frederick Douglas pour Eric Garner.

 Nous avons voulu comprendre mieux ce qui s’est passé entre la police et Kevin Diaby. Nous avons posé la question à une des femmes. Et voilà ce qu’elle nous a raconté :  « La police a arrêté Kevin alors qu’il était dans son véhicule. Elle lui a demandé de présenter sa pièce d’identité qu’il a montrée. Elle lui a demandé de montrer son permis de conduire. Il dit qu’il a oublié son permis à la maison. La police a commencé à le frapper. Sa sœur et son frère sont venus pour s’interposer, on les a frappés aussi, » a t- elle raconté.

Des photos prises montrent le visage déchiqueté de Kevin.

 Quelques instants après Ambroise Ngande, l’un des leaders de la communauté africaine, apparaît de l’autre côté de la route le téléphone scotché à l’oreille. « Imam Konaté  arrive, » nous dit – il. Au total deux hommes parmi une centaine de femmes pour demander justice pour Kevin.

« Les leaders charismatiques de Black Lives Matter » vont « voler le show. » Hawk Newsome, robuste et géant, monte sur le piédestal sur lequel est érigé la statue de Frederick Douglas. A côté de lui, la sœur de Kevin Diaby à qui il a demandé d’expliquer à la foule ce qui s’est passé . Celle – ci murmure à l’oreille de Monsieur Newsome.  « Ils ont gratté son visage au sol, ils nous ont dit qu’ils l’ont emmené dans un commissariat, nous l’avons cherché et nous ne l’avons pas vu. Nous avons cherché et nous l’avons vu à l’hôpital … » explique Newsome à la foule. Jetant son regard sur la foule composée essentiellement de femmes, Monsieur Newsome déclare : « Je vais vous dire le secret de la libération. La clef de la libération des Noirs se trouve dans la tête et dans le cœur de la femme noire. »

Une femme Africaine que j’ai surnommé « La Grande Royale » se détache de la foule. Elle s’adresse à la foule en Dioula en ces termes : « Kevin est Ivoirien. Mais nous devons nous lever comme une seule personne. Ici il n’y a pas d’ivoiriens, de Burkinabè, de Maliens ou Ghanéens, nous sommes Africains. » Certains leaders de la communauté Africaine vont tour à tour prendre la parole : « Ce qui s’est passé doit être la première et la dernière, » dira Ramatu Ahmed du Ghana. « Nous ne pouvons plus tolérer ça, » renchérit Ambroise Ngande du Cameroun. « Que la justice soit dite, » précise Imam Konaté de la Côte d’Ivoire.

Chivona Newsome monte au créneau : « Nous venons tous de l’Afrique,» dit – elle tout en soulignant qu’elle a des origines Nigérianes. Et d’ajouter :  « Justice sera rendue pour Kevin point. » Après elle, c’est Nupol Kiazolu elle aussi Noire Américaine de son état, prend la parole : « Je continuerai à me battre pour mon peuple, » dit – elle. Monsieur Newsome quant à lui revient à la charge : « Nous n’allons pas laisser les eaux des océans nous séparer, » déclare – t – il.

Bazona Barnabé Bado

 

 

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