“La lutte de Cuba en Afrique contre Ebola est « un rayon de lumière »

Des médecins cubains et des Guinéens lors d’un changement d’équipe au centre de traitement Coyah, en Guinée, en janvier 2015. « Au début de leur quart, les Cubains faisaient toujours des blagues, a écrit Enrique Ubieta. Ça remontait leur moral et celui des patients et collègues. »

Au cours d’un hiver où une nouvelle épidémie, le coronavirus, se propage rapidement en Chine et ailleurs dans le monde, où l’influenza, plus traditionnelle, a tué quelque 20 000 personnes aux États-Unis seulement, et à un moment où Washington intensifie sa guerre économique contre la révolution cubaine, la publication par les éditions Pathfinder de Red Zone: Cuba and the Fight Against Ebola in West Africa est un rayon de lumière. Le livre est disponible en anglais et en espagnol.

Le livre, un récit captivant par Enrique Ubieta Gómez de la réponse de la révolution cubaine à l’épidémie de 2014 du virus mortel Ebola en Afrique de l’Ouest, est un puissant argument en faveur d’une révolution socialiste et un aperçu détaillé des êtres humains qu’une telle révolution a produits. Il est impossible de ne pas comparer la compassion et la solidarité des politiques du gouvernement cubain et des hommes et des femmes qui les mettent en œuvre avec le caractère des soins médicaux aux États-Unis, dominés par la recherche constante de profits, qui transforme les soins dont vous avez besoin en une marchandise onéreuse. Une grande partie du livre est composée d’interviews avec ces Cubains qui se sont portés volontaires pour mener la lutte contre la maladie.

En plus, le récit d’Enrique Ubieta réfute totalement les calomnies de Washington selon lesquelles le programme international d’assistance médicale de Cuba se livre à des « pratiques de travail abusives et coercitives » envers ses médecins bénévoles, comme l’a dit l’été dernier le secrétaire d’État Mike Pompeo, ou que la principale motivation des médecins cubains pour accepter des missions internationales est de se procurer plus d’argent.

Lorsque l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest était une « urgence de santé publique » en août 2014 et que les Nations unies ont appelé les pays à participer à la lutte pour la contenir et la faire reculer, plusieurs gouvernements ont répondu par une aide économique. Les dirigeants américains ont envoyé 500 soldats pour construire des hôpitaux et d’autres installations.

À ce moment-là, Cuba a été le seul gouvernement à répondre avec du personnel médical.

12 000 Cubains se portent volontaires

La direction révolutionnaire de Cuba a agi rapidement en faisant appel à des volontaires. Quelque 12 000 médecins et infirmières ont répondu. Parmi ceux-ci, 256 ont été sélectionnés et ont commencé une formation spécialisée. Le premier contingent a quitté Cuba pour la Sierra Leone le 19 septembre, d’autres ont suivi au cours des semaines suivantes.

Le docteur Luis Escalona, un officier des Forces armées révolutionnaires de Cuba, illustre l’attitude du personnel médical volontaire. Il a appelé le chef du département des services médicaux au sujet de la mission. Celui-ci lui a dit : « Nous recherchons des personnes prêtes à aller en Afrique et combattre Ebola. »

« J’ai répondu : « Inscris-moi, » raconte Luis Escalona.

« Il a dit : « Tu pourrais mourir en Afrique. »

« J’ai répété : « Inscris-moi. »

Enrique Ubieta cite ce que Fidel Castro, le dirigeant central de la révolution cubaine, a dit à propos des volontaires lorsqu’il a comparé la lutte des Cubains contre Ebola aux volontaires militaires du pays qui sont allés se battre en Angola contre les invasions de l’Afrique du Sud de l’apartheid, des décennies plus tôt.

« Tout comme personne n’a le moindre doute que les centaines de milliers de combattants qui sont allés en Angola et dans d’autres pays d’Afrique et d’Amérique latine ont donné à l’humanité un exemple qu’on ne pourra jamais effacer de l’histoire humaine, a écrit Fidel Castro, on ne peut nier que les actions héroïques de l’armée des blouses blanches occuperont l’une des plus hautes places d’honneur dans cette histoire. »

Les méthodes cubaines étaient différentes

Des médecins et des infirmières cubains ont expliqué à Enrique Ubieta comment ils avaient surmonté leur peur avec humour, camaraderie et dévouement à leur travail. Comment ils ont réconforté les mourants alors qu’ils se battaient pour que chaque personne survive. Comment ils ont traité leurs patients avec respect et dignité. Comment ils ont découvert et apprécié la culture particulière des personnes qu’ils ont traitées.

La mort d’enfants les a particulièrement touchés. « C’étaient des coups durs, » a affirmé Ricardo Zamora Álvarez de la Campa, un infirmier, « et ce qui nous venait toujours à l’esprit, c’étaient nos propres enfants, qui avaient à peu près le même âge : quatre, cinq ans. »

Alors que les volontaires cubains déployaient d’énormes efforts pour sauver des vies, ils observaient également de près les conditions sociales et politiques qui ont permis à l’épidémie d’Ebola de se propager en Afrique de l’Ouest. Enrique Ubieta blâme carrément le système capitaliste, dont l’exploitation maintient une grande partie des Africains dans le sous-développement et la pauvreté.

Trois patients qui se sont rétablis. Ainsi immunisés, certains anciens patients sont demeurés pour travailler avec les médecins.

Le docteur Jorge Delgado, qui a dirigé la brigade cubaine en Sierra Leone, explique que : « Ebola est une maladie de la pauvreté, […] tout comme la malaria est une maladie de la pauvreté, ainsi que la pneumonie, la méningite et toutes sortes de maladies infectieuses associées à la malnutrition. » Jorge Delgado a indiqué que dans les quelques jours qui ont précédé son entrevue, 12 ou 13 enfants avaient été admis à sa clinique. « Aucun d’entre eux n’a eu de test positif pour Ebola. En revanche ils ont eu des tests positifs pour la pneumonie, la malaria cérébrale, la gastroentérite, la méningite, la malnutrition avec septicémie de toutes sortes : toutes associées à la pauvreté. »

« Le capitalisme engendre la pauvreté, les guerres biologiques, la course aux profits et les catastrophes environnementales, souligne Enrique Ubieta. Au Libéria, le taux de mortalité infantile est de 56 pour 1000 naissances (à Cuba, il est de 4,2). Le taux de mortalité liée à la maternité pour 100 000 naissances y est de 990 (44 à Cuba). Pourtant le Libéria ne compte que 0,1 médecin par 10 000 habitants. Les taux correspondants pour la Sierra Leone sont encore pires. »

Red Zone montre le vif contraste entre l’approche des révolutionnaires cubains et celle des pays impérialistes. « Nous pouvons lutter pour les vies des patients, a dit le docteur Carlos Castro Baras. Mais une épidémie se combat sur le terrain avec des gestes posés avec les gens : couper les contacts avec les personnes infectées, découvrir la chaîne de transmission, augmenter leur conscience. »

L’épidémiologiste Osvaldo Miranda Gómez décrit comment ils ont développé des relations avec les patients atteints d’Ebola et ont gagné leur confiance. « Un après-midi, il y avait quelque cinq ou six patients réunis. Ils étaient heureux parce qu’ils allaient avoir leur congé le lendemain, a-t-il expliqué. Nous avons fait jouer de la musique sur un cellulaire et on a commencé à faire des blagues et à chanter. Et ils ont commencé à danser. C’était bien, parce que certains d’entre eux étaient arrivés au centre de traitement en condition critique. »

Quelques-uns des patients sont devenus bénévoles à la clinique, a noté le docteur Miranda. « Ça a été une expérience très gratifiante, parce que ce sont eux qui ont aidé à convaincre de nouveaux patients. »

Red Zone montre aussi l’avenir de la révolution cubaine, qui a survécu durant plus de 60 ans malgré une guerre économique et politique bipartisane menée contre elle par 12 législatures américaines successives.

Seulement deux bénévoles cubains sont morts durant la mission, les deux de la malaria, et un seul, le docteur Félix Báez, a contracté Ebola. Il a été transféré dans le coma en Suisse.

Lorsqu’on ne savait pas si Félix Báez allait survivre, la presse cubaine a tenu la population au courant de son état et a publié un court message de son fils, Alejandro, qui a suscité une vague de soutien partout sur l’île. Alors que Báez récupérait, Alejandro a publié une autre lettre qui exprimait sa gratitude pour ce soutien et qui répondait à ceux qui avaient douté du bien fondé de la mission.

« Oui, mon père est tombé malade, mais ça ne veut pas dire, comme beaucoup le soutiennent, qu’il n’aurait pas dû y aller. Je dis que c’est tout le contraire, a écrit Alejandro. Mon père mettait sa vie en danger là-bas parce qu’il avait senti que c’était son devoir d’aider ceux qui en avaient le plus besoin. Et je dis : n’est-ce pas cela qui nous rend humains ? »

Après s’être rétabli, Félix Báez a insisté pour retourner à son poste en Afrique.

La révolution cubaine est un exemple

Enrique Ubieta voit l’esprit des volontaires cubains en Afrique et sur d’autres missions internationalistes comme un indicateur de la force de la révolution aujourd’hui. « Le blocus américain continue et il punit les Cubains moyens. Mais dès qu’il y a un appel à l’action, des milliers de gens se portent volontaires, a-t-il dit. Les centaines de médecins et d’infirmières qui se sont portés volontaires et ceux qui sont allés en Afrique de l’Ouest sont une preuve irréfutable de ce fait : parmi le peuple, il y a des réserves morales, des réserves auxquelles il faut faire appel. »

Pour les travailleurs qui ont une conscience de classe aux États-Unis et dans d’autres pays impérialistes, la lecture de Red Zone peut nous inspirer à suivre l’exemple de la révolution cubaine et construire un mouvement de masse de la classe ouvrière pour prendre le pouvoir politique et nous transformer au cours du processus.

MAGGIE TROWE

This article is published courtesy of the Militant.

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