Le rêve américain : « Destinée inconnue qu’il nous faut atteindre »

By : Barnabé Bazona Bado

Les immigrés provenant de l’Afrique de l’Ouest et vivant à New York ont traversé des frontières et des océans avec un rêve ancré dans leur esprit. Après avoir atterri sur le sol Américain beaucoup d’entre eux ont vite fait de recadrer leurs attentes. Alors que peu ont pu réaliser leurs rêves, beaucoup continuent de scruter à l’horizon avec espoir et courage pendant qu’ils affrontent des souffrances et surmontent des difficultés.
Cependant, ils doivent aller à la conquête de « La Terre Promise » afin de réaliser leur rêve quel que soit le prix à payer comme le dépeint cette chanson Cap Verdienne :
« Me voici au cœur de l’Océan en partance pour l’Amérique.
S’en aller dans cette terre si lointaine est la destinée de l’homme.
C’est une destinée inconnue qu’il nous faut atteindre. »

Assis confortablement sur une chaise, la ceinture bien attachée, Souleymane Konaté, après une heure de vol, ouvre les yeux et soupira. Il est optimiste que son rêve d’étudier la communication une fois à New York deviendra une réalité. Quand l’avion atterrit finalement sur le tarmac a l’aéroport international John F Kennedy, Konaté sourit et dit qu’il repartira un de ses jours en Côte d’Ivoire son pays natal après qu’il aura obtenu son doctorat en communications.

L’expérience de Konaté d’il y a 25 ans est celle que des milliers d’immigrés Africains vivent aujourd’hui.
Le bureau de recensement Américain a estimé entre 2008 et 2012 a plus de 164, 000 le nombre d’immigrés venus d’Afrique et vivant à New York dont 80, 000 sont de l’Afrique de l’Ouest. Ils sont tous venus avec des diverses raisons d’ordre éducationnel, économique ou tout simplement pour rendre meilleure leur qualité de vie.

Boukary Sawadogo vient du Burkina Faso et enseigne sur le cinéma comme Professeur Assistant à « City Université of New York » (City College). Avant cela Monsieur Sawadogo a enseigné les Arts Libéraux à Vermont. Avant de venir aux Etats – Unis, il avait déjà terminé ses études en diplomatie et était sorti major de sa promotion. Il décida alors de s’en voler pour les Etats – Unis pour un programme de doctorat au lieu de s’intégrer au Ministère des affaires étrangères de son pays. C’était son rêve américain. Lorsqu’il obtient sa maîtrise en 2008 et plus tard son doctorat en cinéma Africain en 2012, il venait alors de réaliser son rêve américain. « Ma profession actuelle en tant que professeur assistant des études cinématographiques m’a permis de devenir un savant en film et en documentaire, toute chose que je ne pouvais peut-être faire si je restais au pays, ou au moins que je ne pouvais faire dans un délai aussi relativement court considérant le manque d’opportunités accordées en Afrique pour des études supérieures de ce genre », a – t – il dit.

Le chemin pour atteindre le rêve américain n’est pas aussi aisé vu que des dizaines de milliers d’immigrés Africains sont sous – employés. Monsieur Konaté qui a étudié le journalisme et la communication dans sa Côte d’Ivoire natale n’a jamais imaginé comme beaucoup d’autres intellectuels Africains, que ce rêve pouvait devenir autre chose. Beaucoup se sont retrouvés comme plongeur dans des restaurants, ou travaillant dans des boutiques et supermarchés, ou encore comme livreur de pizza dans les rues de New York afin de nourrir leur famille. Pour Monsieur Konaté, le rêve américain est basé  sur le pouvoir, et l’argent y compte beaucoup.

                                                 Boukary Sawadogo

Selon la Banque Mondiale, « il est moins probable pour des intellectuels Sénégalais et Sierra Léonais munis de leur licence d’obtenir des boulots professionnels que tout autre boulot aux Etats – Unis d’Amérique ». Ainsi donc, beaucoup peuvent voir leur rêve prendre fin ou pire devenir un cauchemar due à certaines conditions. Dans leur livre intitulé “My American Dream : The Interplay Between Structure and Agency in West African Immigrants, Educational Experiences in the United States”, Michelle G. Knight, Rachel Roegman, et Lisa Edstrom ont écrit que : “ Les immigrants Africains peuvent expérimenter une discrimination à cause de leur backgrounds raciaux ou ethniques, ou de leur profile en tant qu’individus venant d’un continent que certains Américains considèrent comme inférieur. » Ils ont ainsi conclu que tous ses ingrédients mis ensemble peuvent tourner le rêve américain en un « cauchemar » américain.

Les immigrés Africains de New York font de plus en plus face à un embourgeoisement urbain qui consiste à pousser les populations aux revenus modestes vers des zones reculées en augmentant le niveau de vie des zones où elles vivaient. « Le Petit Sénégal » par exemple est un quartier de Harlem. C’est la rue principale (116 th Street) qui s’étend de Frederick Boulevard (8th Avenue) à Lennox Avenue (6 th Avenue). Dans les années 70 les immigrants Africains notamment Sénégalais qui quittaient leur pays atterrissaient à Harlem quand le quartier était encore un géthos des Noirs. « Dehors l’on pouvait entendre la musique Sénégalaise et voir les femmes Sénégalaises vendre des mets Sénégalais, et l’on pouvait voir des restaurants Sénégalais partout, et d’autres Africains vivant dans d’autres arrondissements venaient y communier », se souvient Kaka Sow Manageur de l’Association des Sénégalais d’Amérique. Monsieur Sow jeta un coup d’œil dehors depuis son bureau et se rappelle : « Avec l’embourgeoisement urbain aujourd’hui, les restaurants et autres business sont fermés, les prix des locations des maisons ont galopé ».

Les loyers ont augmenté et beaucoup d’habitants du « Petit Sénégal » ont déserté le coin pour trouver refuge dans d’autres localités. Brian Benjamin, est le president de “Land Use for Community Board 10”. Il a dit lors d’une audition ceci : “ Nos habitants à Harlem ne peuvent pas supporter les prix de nouvelles constructions et les logements de conservation construits à Harlem. »
Monsieur Konaté qui est visiblement mécontent de ce phénomène d’embourgeoisement urbain a dit que les immigrés venus d’Afrique ont « rendu Harlem propre » et pense que les plus aisés sont en train de chasser les noirs hors de Harlem. Il a de la nostalgie du temps où le loyer de deux chambres salon coûtait pratiquement 300 dollars par mois. Aujourd’hui cette même maison avoisine les 2000 dollars par mois.

Michael Adams qui est l’auteur du livre “Harlem : Lost and Found, an Architectural and Social History, 1765-1915,” dépeint Harlem d’il y a quelques décennies : “ J’ai passé à Harlem la moitié de ma vie – 30 ans. Je l’ai vue dans toutes ses complexités : un concentré culturel de l’Amérique noire, un lieu d’atterrissage des immigrants Sénégalais, … un asile pour des personnes fuyant l’oppression et cherchant des opportunités ».
Le rêve des immigrés Africains est aussi lié à leur vie de famille. Monsieur Sow la cinquantaine bien sonnée, était journaliste à « Sénégal Groupe Presse ». Il a aussi travaillé comme collaborateur pour « La Voix de l’Amérique » et « Agence France Presse ». Pour lui, le rêve Américain est une question de priorités. Cela fait 14 ans qu’il vit à New York. Etre journaliste semble ne plus être sa priorité. « J’ai ma famille ici. J’arrive à me prendre en charge. Un rêve ne peut pas être plus grand que ça », dit – il.

Monsieur Sow et sa famille mène une vie harmonieuse. D’autres immigrés Africains ont des familles brisées parmi lesquelles Monsieur T. Y qui n’arrive pas jusqu’ici à comprendre l’attitude de son épouse qui après 30 ans de mariage et de vie commune a demandé légalement le divorce. Le couple vit à New York depuis plus de 5 ans. « Ce n’est pas comme cela le rêve américain » dit – il.
Magnan Fofana qui est la présidente de l’ONG “Bal des Anciens » dont le but est de lever des fonds pour assister les enfants déshérités en Côte d’Ivoire a dit que les divorces dans les familles africaines à New York est une question très complexe. Pour elle, les immigrés Africains ont des problèmes à s’adapter dans une société qui est très différente des leurs. Monsieur Konaté lui pense que l’Amérique a donné tout le pouvoir à la femme.

Assis sur une chaise dans la Aqsa Salam Mosquée à la 115 Street sur madison Avenue, un long chapelet pendant au cou, la tête coiffée d’un bonnet noir blanc et vêtu d’un long boubou blanc rayé regardant les fidèles musulmans qui prient sur un grand tapis rouge, Monsieur Konaté cite un verset coranique : « Dieu dit : les hommes sont des protecteurs ». Et d’ajouter : « comment peuvent – ils être des protecteurs s’ils n’ont pas le pouvoir. Le pouvoir économique ? »
Susan L. Brown and I. Fen Lin dans un écrit, expliquent aussi l’une des raisons des divorces en Amérique en ces termes : « l’augmentation de la participation des femmes au marché de l’emploi est source de divorce en ce sens que les femmes ont l’autonomie économique (travail, bénéfices de la retraite) pour supporter elles-mêmes en dehors du mariage. C’est aussi vrai pour les femmes Africaines à New York, qui ont vu leur économie améliorée. Ce qui était le contraire quand elles étaient en Afrique où elles comptaient pour la plupart sur leur mari pour leurs besoins.

                                                  Imam Konaté

L’avenir des enfants des immigrés Africains est aussi un challenge parce que la responsabilité collective pour la garde des enfants en Afrique disparaît alors que le système éducatif Américain prenne le dessus. En Afrique par exemple, l’éducation de l’enfant est la responsabilité de toute une famille et chaque membre de la famille peut administrer une punition à l’enfant si celui – ci venait à faire un faux pas. A New York les parents ont peur de leurs enfants car ils ont peur que ces derniers composent le numéro 911 (la police) s’ils mettent la pression sur eux. « Des enseignants disent aux enfants de composer le numéro 911 si leurs parents les font du mal »., explique Madame Fofana qui pense que les conséquences sont réelles : « certains enfants font l’école buissonnière, d’autres sont adonnés à l’alcool ou la drogue, et d’autres encore commettent des crimes ».

Pendant que Brown et Lin parlent d’une pression économique qui vole le temps des parents à s’occuper mieux de leur enfants, Monsieur Konaté lui, accuse le divorce et dit que « les enfants sont de plus en plus élevés par leur mère et grand-mère qui toutes seules ne peuvent s’occuper d’eux. »
Le rêve américain peut donc évoluer pour les immigrés Ouest Africains. Monsieur Konaté 62, n’a pas obtenu son doctorat en journalisme ou en communications. Il n’a pas non plus retourné définitivement en Côte d’Ivoire son pays d’origine. Il a eu un autre rêve à New York. Devenu Imam après un pèlerinage à la Mecque, il est le leader de Aqsa Salam Mosquée à Harlem. Sa grande fille qui a 17 ans et qui est au Lycée rêve de devenir un docteur en chirurgie. Iman Konaté dit que son rêve américain sera entièrement une réalité quand sa fille finira ses etude

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