L’incivisme au Burkina est une conséquence de la révolution d’ août 1983 selon le Pasteur Mamadou Karambiri

By : Barnabé Bazona Bado

Pasteur Mamadou Karambiri n’est plus peut être à présenter. Homme de Dieu, celui qui a été haut cadre de son pays le Burkina Faso pendant plusieurs années avant de jeter l’éponge, s’est prêté à cœur ouvert à nos questions. Accusé par ses détracteurs de sorcier, le pasteur s’en explique. De son remariage en passant par le General Yacouba Isaac Zida ancien premier Ministre de la transition et le colonel Auguste Denise Barry actuellement en prison, qui sont ses frères en Christ, Karambiri en parle.

Qui est le Pasteur Mamadou Karambiri ( PMK) ?
PMK : Je suis Ministre de Dieu et ce suite à mon appel et mon entrée dans le ministère en 1977. Je suis le Pasteur Fondateur du Centre International d’Evangélisation (CIE) dont le siège est à Ouagadougou au Burkina Faso, de la chaîne de télévision Impact TV et du premier complexe de l’espace francophone « Tour de prière/Centre d’adoration ».
Le Mouvement du CIE est un ministère d’évangélisation, d’enseignement, de prière et de compassion. Il compte plus de huit cents Eglises locales au Burkina et a des missionnaires dans 13 pays notamment le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau, la République Démocratique du Congo, le Cameroun, l’Italie, la France, la Belgique et les Etats-Unis d’Amérique.
Je suis marié à Hortense, elle-même pasteur et je suis père de quatre enfants.

Comment se fait-il qu’un musulman pratiquant devienne un chrétien ? Les uns diront que vous avez changé de religion, pour les autres vous vous êtes convertis au christianisme. Quel est le terme qui convient ?

PMK : Le terme exact est que je suis devenu une nouvelle création, un « born again ». Je suis en un mot devenu disciple de Christ en réalisant l’œuvre qu’il a accomplie à la croix de Golgotha pour me réconcilier avec Dieu. C’est une expérience de rencontre inédite avec Dieu qui sauve, guérit, libère. Je n’ai pas changé de religion comme on le dit.

Après avoir obtenu vos diplômes en économétrie, économie financière… en France, vous décidez de rentrer au pays et vous avez à ce titre été Directeur de la Promotion à l’Office national du commerce extérieur, Directeur commercial de Faso Fani, Directeur général de SO.VOL.COM/Faso Yaar avant de jeter l’éponge pour devenir Pasteur. Ya-t-il a gagné plus en termes de bien matériels en étant Pasteur que haut cadre de son pays ?

PMK : Devenir Pasteur n’est pas une fonction. C’est un appel de Dieu à le servir en paissant son troupeau. Pour franchir le pas, cela n’a pas été simple comme vous le croyez compte tenu de l’argent et des avantages que j’avais, des honneurs et des possibilités de promotion qui s’offraient à moi. Cela n’a pas été également facile compte tenu des pressions de la famille dont j’étais l’un des principaux soutiens. J’ai simplement répondu à un appel de Dieu à la suite de trois révélations ouvertes du Seigneur Jésus christ dans ma chambre d’étudiants à Toulouse où il m’a dit « Voici, j’ai détruit les œuvres des ténèbres et je te donne toute la puissance sur l’ennemi ».
C’est vous dire que je ne suis pas devenu Pasteur pour des raisons pécuniaires.

Vous avez co-fondé avec votre épouse le Ministère du Centre International d’Evangélisation / Mission Intérieure Africaine (CIE/MIA) dont le siège est à Ouagadougou et dont vous êtes aussi le Président avec des églises implantées dans plusieurs pays dont les Etats-Unis d’Amérique et la France. Votre église mère accueille plus de 5000 personnes à chaque réunion. Vous voyagez à travers le monde pour prêchez l’évangile à des milliers de personnes. En 2010, le journal chrétien « La Croix » en France vous a compté parmi les « stars » de la « galaxie évangélique ». Vous êtes donc parmi les « dix voix qui comptent sur la planète évangélique ». Êtes-vous d’accord avec le classement ?

PMK : C’est une enquête journalistique et nous la prenons comme telle. Je suis un serviteur de Dieu avec un mandat que j’essaie par la grâce de Dieu de remplir pour être jugé fidèle le moment venu. Je ne cours pas après des titres ou pour figurer dans un livre Guinness des records du monde évangélique mais je cours vers le but sachant que celui qui décerne les couronnes, c’est le Seigneur Jésus-Christ en fonction de ma fidélité au mandat qu’il m’a donné.

Il y a de plus en plus dans des églises surtout en Amérique, le mariage des homosexuels. Ne craignez-vous pas que cela envahisse nos églises en Afrique surtout que tout ce qui se passe dans la plupart de nos églises en Afrique est la photocopie des choses qui se pratiquent dans des églises en Amérique ?

PMK : Il y a à craindre que l’homosexualité fasse son entrée dans l’Eglise en Afrique si ce n’est déjà fait au regard de la multiplicité des églises dont la majorité ne sont pas fédérées et hors de tout contrôle. Et vous savez qu’aujourd’hui, certains bailleurs de fonds n’hésitent pas à délier largement le cordon de la bourse pour des projets qui prennent en compte les homosexuels. C’est pour vous dire que certaines Eglises par amour de l’argent n’hésiteront pas à initier des projets dans le sens des bailleurs de fonds pour bénéficier d’espèces sonnantes et trébuchantes, si ce n’est déjà le cas. Donc, nous sommes plus qu’exposés.

Devons-nous donc accepter les homosexuels à l’église ?

PMK : Dieu hait l’homosexualité mais il aime les homosexuels et son désir est qu’ils parviennent au salut et change leur manière perverse de vivre, car l’homosexualité est un péché…
Un homosexuel qui accepte le seigneur Jésus-Christ comme Seigneur et sauveur et naît de nouveau doit être accepté à l’Eglise et il doit être enseigné de la Parole de Dieu pour qu’il quitte le chemin de la perversité pour s’aligner sur la volonté de Dieu. On ne doit pas le condamner mais l’amener au changement.

Avez-vous déjà fait des erreurs dans la vie ?

PMK : Dieu seul ne fait pas d’erreurs mais moi j’en fais. Aussi longtemps que nous serons sur terre, nous commettons des erreurs. L’erreur est humaine. Le drame, ce n’est pas de commettre l’erreur mais d’y rester ou persévérer. Il faut savoir réaliser qu’on a commis une erreur, se repentir et prendre la décision de ne plus y retomber. Et en tant que conducteur de brebis, si nous avons induit aussi des brebis en erreur, nous devons le confesser publiquement et les exhorter à changer.
On doit tirer leçon de toute erreur commise, pour nous même et pour le peuple que Dieu nous a confié.

Si vous avez des admirateurs vous avez aussi des détracteurs. Il n’y a pas longtemps circulaient sur les réseaux sociaux des vidéos vous accusant d’être sorcier. Pasteur êtes-vous sorcier ?

PMK : Je ne suis pas un sorcier ni rien d’autre qu’un simple enfant de DIEU vivant par la grâce de DIEU. Et laissez-moi vous dire que vous ne pouvez pas vous engager dans l’œuvre du Seigneur et ne pas recevoir de coups de volets verts parce que vous vous attaquez obligatoirement au Royaume des ténèbres qui, a défaut de pouvoir vous vaincre va tout faire pour vous discréditer ou vous décourager à travers les critiques, les médisances…Mais nous ne nous laisserons pas distraire par l’ennemi à travers ses sbires. Jésus lui-même a été accusé d’opérer par Belzébul. Mais il ne s’est jamais laissé intimider.

On vous lance aussi la pierre en disant que vous permettez à des femmes d’enseigner (donc d’être des Pasteurs) dans les églises dont votre épouse Hortense Karambiri. La Bible est-elle contre ça ?

PMK : Je ne pense pas que la Bible soit contre le fait que les femmes soient Pasteur ou enseignent dans l’Eglise. Homme comme femme né de nouveau, nous sommes l’habitation de Dieu en esprit. Et si prêcher Christ est une activité de l’Esprit, il peut utiliser indifféremment l’homme comme la femme pour transmettre son message à l’humanité. Regardez vous-même aujourd’hui. Les églises sont presqu’au ¾ constituées de femmes. Les réduire au silence, c’est priver l’Eglise des ¾ de dons qu’elle devait avoir.

En 2008, il a plu à Dieu d’appeler votre première épouse à lui. Deux ans après son décès, vous vous êtes remariés. Des langues se sont déliées pour dire que c’est trop tôt. Combien d’années un jeune homme et une jeune fille qui se sont rencontrés pour la première fois doivent-ils attendre pour convoler en justes noces ?

PMK : Dans la tradition évangélique, le temps minimal du remariage du Pasteur dont l’épouse est décédée, c’est 9 à 12 mois. Mais d’autres peuvent aller à 2 ans ou plus. Et vu les dangers pour le ministère, il est prudent de se marier au bout de 2 ans que de tomber dans le péché.
Pour les jeunes, je pense qu’il n’ya pas de temps indiqué. C’est vrai que vous devez vous connaître suffisamment avant de vous engager dans le mariage et ce temps est fonction de l’ouverture d’esprit des futurs conjoints l’un vis-à-vis de l’autre. S’ils sont ouverts suffisamment, les délais d’engagements se verront réduits.
Si les futurs conjoints se marient sans se connaître (caractère, vie spirituelle…) véritablement, certaines difficultés si elles surgissent peuvent mettre à mal le foyer. Mais s’ils prennent le temps de se connaître, même au cours de la vie à deux, certaines difficultés apparaissent, elles se résolvent plus facilement que s’il n’y avait pas eu ce minimum de connaissance préalable.

Le Burkina Faso est à la croisée des chemins. Après l’insurrection populaire de 2014 et les élections qui en ont suivies, l’espoir escompté, la paix attendue, ne sont que de vains mots aujourd’hui avec des attaques terroristes en répétition qui ont occasionné plusieurs morts et endeuillé plus d’une famille. En 2004, vous disiez dans Sidwaya, le quotidien d’Etat que « aucun des évènements passés au Burkina ne m’a surpris ». Est-ce que vous avez vu venir tous ses évènements ? Pouvait-on les prévenir ?

PMK : Lorsque des évènements doivent arriver dans une nation, Dieu avertit toujours ses serviteurs d’une manière ou d’une autre et par la grâce de Dieu nous n’avons jamais été surpris de quelque manière que ce soit. L’insurrection populaire était en réalité une guerre civile que l’ennemi voulait dans notre pays mais alors que j’étais à Toulouse en France en début Octobre 2014, le Seigneur m’en a avertit et nous a instruit d’organiser 30 jours de prière fervente. C’est ce que nous avons fait et cette guerre civile que le Burkina Faso devait connaître s’est muée en insurrection populaire. Et même le 29 Octobre alors que toute l’Eglise était en prière pour le pays, Dieu m’a dit que si le 30 Octobre, une goutte de sang d’un burkinabè se versait, le régime changerait. Je l’ai dit haut et fort à toute l’assemblée et la suite des évènements m’a donné raison.

Les Burkinabè sont divisés quant à la façon d’établir une paix durable au pays. Il y a ceux qui pensent qu’il faut faire table rase du passé et aller au pardon et à la réconciliation. D’autres ne jurent que par la justice. Quelle est selon vous la formule qui sied ?

PMK :Je pense à mon humble avis qu’il faut une dose des deux formules, ce qui veut dire que les dossiers doivent être traités au cas par cas. S’il ya des infractions pour lesquelles les coupables reconnaissent leur culpabilité et demandent pardon et pour lesquelles on peut faire table rase, d’autres par contre même s’il y a reconnaissance de la faute il faut appliquer une sanction pour que cela serve d’exemples pour les futures générations.

Votre frère en Christ Yacouba Isaac Zida a déserté l’armée après avoir occupé de hautes fonctions et s’est exilé au Canada. Il a été accusé de détournement de denier public. Il refuse depuis lors de rentrer au pays ? Avez-vous un conseil pour lui ?

PMK : Je suis loin de savoir pourquoi le Général Zida s’est exilé au Canada. Pour quelqu’un qui a occupé les plus hautes fonctions dans ce pays, qui a été une pièce maîtresse dans la transition qui a abouti à des élections démocratiques et transparente malgré les nombreuses difficultés et embûches, je pense qu’il a peut être de bonnes raisons à l’heure actuelle de s’exiler. Mais lui seul peut répondre à cette question.

Vous avez aussi un autre frère en Christ du nom de Auguste Denise Barry actuellement en détention pour une tentative présumée de déstabilisation du pouvoir. Jusque-là ses complices selon des journaux de la place ne sont qu’un commerçant, un jardinier et un électricien. Peut-on déstabiliser un pouvoir avec des moyens de ce genre ?

PMK : Je ne pourrai vous le dire. C’est aux autorités judiciaires qui ont en main le dossier de montrer si oui ou non une déstabilisation est possible dans ces conditions. Nous n’allons pas interférer sur le cours de la procédure judiciaire.

Pour sortir notre pays de la pauvreté, le président Roch Marc Christian Kaboré a initié un « Plan National de développement Economique et Social (PNDES) ». Récemment Ablassé Ouédraogo qui a été Directeur adjoint de l’Organisation Mondiale du Commerce, et aujourd’hui président du parti « Le Faso Autrement » a dit que : « Le Burkina Faso n’a pas d’avenir avec le PNDES ». En tant qu’économiste, partagez-vous cet avis ?

PMK : Je ne suis pas un politicien et donc je n’aimerais pas entrer dans ce débat entre hommes politiques. Vous savez bien qu’en Afrique quoiqu’un homme au pouvoir fasse, son opposant le jugera toujours négativement. Donc excusez-moi de ne pas rentrer dans ce jeu entre pouvoir et opposition.

On parle de plus en plus d’incivisme généralisé au Burkina Faso. Qu’est ce qui peut bien expliquer cela ? Et que peut-on faire pour sortir de ce bourbier ?

PMK : L’incivisme a eu comme terreau fertile à son développement l’ère de la révolution que notre pays a vécu où avec les CDR on voyait les subordonnés mettre au pas leurs supérieurs hiérarchiques et où les élèves avaient un pouvoir de décision dans les établissements. Cela s’est accentué avec l’ère démocratique où les gens confondent liberté au permis, pour tout se permettre. A cela s’ajoutent la mal gouvernance, le manque de vertus des gouvernants, la déliquescence des familles où l’enfant est laissé à lui-même sans éducation ou est éduqué par la télévision ou la rue.
Il faudra donc travailler à restaurer la cellule familiale, pratiquer une gouvernance vertueuse et mieux affirmer l’autorité de l’Etat.

Les Kolwéogos sont des groupes d’auto-défense au Burkina Faso. Les avis sont partagés quant à leur existence. Certaines personnes parlent de milices. D’autres personnes les soutiennent disant qu’ils luttent contre l’insécurité au pays. Quel est votre avis ?

PMK : S’il est vrai qu’ils luttent contre l’insécurité et ont parfois des résultats assez notables, il y a lieu qu’ils soient encadrés, contrôlés et aient une autorité légale à qui ils rendent compte. Sinon, les dérives peuvent advenir et ils peuvent être noyauté par des forces occultes, politiques ou religieuses et dériver pour mettre la nation en péril. Des garde-fous sont donc nécessaires pour qu’ils se contentent de jouer un rôle de supplétif d’agents de sécurité voire de police de proximité.

Dans une interview que vous m’aviez accordée en 1997 et publiée dans Sidwaya Hebdo, vous disiez qu’il n’y a pas de démocratie en Afrique. Vous aviez utilisé un néologisme pour qualifier la démocratie Africaine : « DEMONCRATIE ». Etes-vous toujours de cet avis et pourquoi ?

PMK : La démocratie est une quête permanente et avec le niveau d’instruction politique de la population en Afrique, on assimile divergence d’opinion à guerre de personnes et là où le débat politique devait avoir lieu, on assiste plutôt à un combat de gladiateurs sans merci où on en vient souvent au corps à corps dans le meilleur des cas, à la machette, au fusil, aux forces occultes dans les pires des cas.
Dans ces conditions, quel terme peut-on trouver pour qualifier de telles attitudes et comportements. Mais nous constatons que les choses s’améliorent même si c’est encore lent.

Le Président Américain Donald Trump aurait qualifié les pays Africains de « pays de merde ». Trump n’a-t-il pas raison quand après plus de 50 ans d’Indépendance l’Afrique continue de chercher ses marques et minée par des maux tels les détournements de denier public, la corruption, la mal gouvernance, la pauvreté … ?

PMK : L’expression « pays de merde » est insultante… Et les africains sont offusqués par les propos de Donald TRUMP qui n’a pourtant pas tort. Cinquante ans après les indépendances, l’Afrique est toujours à la croisée des chemins. Elle est très loin d’être auto-suffisante malgré ses riches terres et son sous-sol très généreux. Certains dirigeants sont plus préoccupés avec leurs collaborateurs locaux et occidentaux à piller leurs pays et à se battre pour demeurer ad viternaem au pouvoir. Le bout du tunnel est encore très loin excepté un ou deux pays comme le Rwanda qui donne l’exemple. Mais je reconnais que le Président américain n’a peut être pas trouvé les bons mots pour exprimer sa pensée d’où cette levée de boucliers.

Votre mot de la fin ?

PMK : Je remercie l’équipe du journal pour l’intérêt porté sur ma personne et pour évoquer de certains sujets d’actualité. J’espère avoir été à la hauteur des attentes. Le message que j’aimerais laisser aux lecteurs est que Dieu est Amour et il a donné son fils unique à la croix de Golgotha pour leur rachat. La seule décision qui vaille est d’accepter Jésus dans notre vie et faire de lui leur seigneur et sauveur.
En ces temps de grands troubles et interrogations pour l’humanité, Jésus demeure la solution, la clef si et seulement si vous allez à lui.
Je vous remercie.

Interview realisée par Barnabé Bazona Bado depuis New York

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