Sénégal: le FBI aux trousses de milliardaires libanais soupçonnés de financer le terrorisme

Une incroyable histoire d’abus de confiance et de détournement portant sur une somme de près de 3 milliards de FCFA (5 millions d’euros) occupe le devant de l’actualité au Sénégal. Le FBI, la police fédérale américaine, s’y intéresse et une jeune secrétaire semble être l’agneau de sacrifice.

C’est une affaire à laquelle s’intéresserait de très près le FBI, dont l’un des agents séjournerait actuellement  à Dakar, selon la presse locale.

Comme protagonistes sont cités de riches hommes d’affaires libanais, un intermédiaire et encore une jeune secrétaire qui ne cesse de clamer son innocence du fond de sa cellule.

Les enjeux: plusieurs milliards de francs CFA qui font l’objet de transactions opaques et aboutiraient en partie entre les mains de membres du Hezbollah libanais, toujours selon les médias sénégalais.

Sauf que pour le moment, seule Rachelle, la secrétaire de la société et maillon faible de toute cette histoire, est incarcérée depuis plus d’un mois. Les gros bonnets sont toujours libres de leurs mouvements, malgré la demande du parquet de placer sous mandat de dépôt l’un des principaux suspects. Mais, le FBI, la police fédérale américaine, s’est invité à la fête en venant à Dakar interroger les mis en cause.
Tout a commencé en février dernier quand une banale révision comptable est réalisée par Akm Audit et Conseil, le commissaire aux comptes de la société Batiplus, laquelle appartient au groupe contrôlé par la fratrie Farès, en l’occurrence Mohamed, Hassan et Mahieddine. Quoi de plus normal en cette période de l’année qui correspond aux travaux de fin d’exercice. 

Ce qui est anormal, en revanche, c’est ce que découvrent les auditeurs: un trou de 125,07 millions de FCFA, soit près de 191.000 euros. Quand les actionnaires Farès demandent des comptes au directeur général de Batiplus, en l’occurrence Christian Chabel Samra, il se défausse sur sa secrétaire Rachelle Sleylati qui était la responsable du coffre-fort de la société Batiplus, par lequel transitaient les fonds. Ce qu’elle nie entièrement, selon une lettre adressée à la presse et largement diffusée dans les réseaux sociaux ce week-end. 

Malgré son refus d’endosser la moindre part de responsabilité, une machine est mise en branle pour lui faire supporter tout le poids de l’affaire. D’abord, deux clercs d’un huissier lui sont envoyés pour lui extorquer des aveux, toujours selon sa version. Ensuite, une plainte est déposée contre elle le 6 mars 2020 et le 25 de ce même mois, le procureur demandera son placement sous mandat de dépôt.
C’était sans compter avec les nombreuses conséquences impliquées par l’entrée en matière de la justice sénégalaise. Car, Christian Chabel Samra ne se doutait pas qu’en portant plainte contre Rachelle Sleylati pour que cette dernière lui serve de fusible, il ouvrait en même temps la boîte de Pandore. 

Ainsi, très vite Rachelle va déballer tout ce qu’elle sait. En minutieuse secrétaire, elle gardait toutes les pièces justificatives des transactions douteuses qu’effectuait son patron. Ainsi, elle présentera aux gendarmes 68 bons de caisse s’étalant sur une durée de 4 ans et portant sur quelque 2,8 milliards de FCFA correspondant à des retraits allant jusqu’à 100 millions de FCFA en espèces. 

C’est l’histoire de l’arroseur arrosé, avec un incroyable retournement de situation. Rachelle va balancer le nom d’un certain M. Fall qui occupe la fonction de courtier pour le compte de l’entreprise Batiplus. Ce dernier est le principal porte-valise de Samra et par conséquent des Farès, dans cette histoire. 

Cuisiné par les pandores de la section de recherches de la Gendarmerie, celui-ci avouera reverser tout l’argent qui lui était remis à deux commerçants libanais, en l’occurrence Hassan Hashim et Aidar Soufian. La commission rogatoire ou mandat de perquisition permettra de trouver chez ces derniers d’une part, 525.497.000 FCFA, 73.590 euros et 1.350 dollars et d’autre part 48 483 000 FCFA, 21 230 euros et 9.350 dollars dans le magasin de son compatriote Aidar Soufan, soit au total l’équivalent de 642 millions de FCFA. 

Ces derniers affirmeront que les sommes que leur remettait M. Fall devaient être déposées à la banque, mais ils ne produiront aucun document justifiant d’un quelconque versement.
Il est donc clair que la Gendarmerie venait de mettre la main sur un vaste réseau de blanchiment d’argent. Sauf que les personnes impliquées directement dans cette histoire sont toujours en liberté malgré la demande du procureur de placer sous mandat de dépôt Christian Chabel Samra, ce qui a mis en émoi l’opinion publique sénégalaise. 

Mais tout ceci sent le soufre pour le FBI américain qui ne va pas tarder à faire le lien avec une autre affaire de blanchiment d’argent et surtout de financement du terrorisme international dans laquelle est cité un certain Abbas Fawaz Loutfe qui est le neveu des Farès et le directeur général de Batimat, l’autre filiale du groupe Farès. 

Abbas Fawaz Loutfe est justement recherché par la justice américaine qui le soupçonne d’avoir transporté d’énormes quantités d’argent en liquide du Sénégal vers les Etats-Unis et destinées au financement du Hezbollah libanais. 

C’est pourquoi dès que l’ambassade des Etats-Unis a mis au courant les services américains de cette affaire dans laquelle les oncles et non moins employeur de Loutfe sont cités, un agent du FBI a sauté dans le premier avion pour essayer de tirer tout cela au clair. 

Le 360

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