Un Burkinabè devant les juridictions à New York

By :  Bazona Barnabé  Bado et Moustapha Diaoune

Pendant plus d’un mois et demi de jugement et d’intenses débats entre les avocats de la partie civile et l’avocat de l’accusé, Romaric Guiébré 22 ans, connaît désormais le sort qui lui est réservé.

Les chefs d’accusation qui pesaient sur lui étaient au départ 24. Elles ont été réduites a 19 après l’intervention de son avocat.

Sur les 19 chefs d’accusations qui pesaient sur le jeune Guiébré qui croupissait en prison depuis deux années sans jugement, les membres du jury l’ont trouvé coupable pour 8 chefs d’accusation.

Arrivé à New York en 2014 pour tenter l’aventure américaine comme beaucoup d’autres immigrants, Romaric avait réussi à se faire embaucher dans une compagnie de nettoyage. La compagnie en question envoyait les employés dans des offices tout comme dans des maisons privées. C’est ainsi que Romaric fut envoyé dans une maison privée appartenant à une jeune femme blanche et juive.

Deux semaines plus tard sous le coup de 22 heures, Romaric repart chez la femme qui l’accuse de viol sexuel et de cambriolage.

Dans une vidéo de quelques minutes, on voit une personne masquée qui entre dans un building. Et dans une autre vidéo de 90 minutes, on voit Romaric qui témoigne devant deux détectives blancs (un homme et une femme). Dans cette vidéo, on lui demande comment il est rentré chez la femme alors que la porte était fermée. Il a dit qu’il appuyé sur la sonnerie et la femme a ouvert la porte pour lui. Il ajoute qu’il pense que la femme attendait quelqu’un d’autre que lui et c’est la raison pour laquelle elle a dû ouvrir la porte.

C’est cet avocat qui se bat corps et âme pour sauver le jeune Romaric

Dans la même vidéo, Il a nié le fait qu’il est reparti là-bas pour violer et cambrioler la femme. Aussi la femme l’accuse d’avoir pointé une arme à feu sur sa tête sous des menaces avant de commettre l’acte sexuel. Là encore Romaric nie qu’il avait une arme. Toujours est – il que Romaric a été blessé au nez parce qu’il y aurait eu une lutte qui s’est déclenchée entre eux. La femme a dit qu’elle a dû mordre Romaric au nez quand celui – ci tentait de la violer. Romaric lui, nie dans la vidéo tout acte sexuel et dit que la femme lui a demandé d’arranger une table. Et c’est pendant qu’il arrangeait la table, la femme l’aurait poussé et il est tombé sur le sol. C’est là qu’il s’est cassé le nez.  

La femme a dit par rapport au cas de vol que Romaric a pointé l’arme en question sur elle et c’est là qu’elle a remis sa carte bancaire à Romaric qui est parti dans la banque Chase pour soutirer 400 dollars en deux tranches de 200. Et il y avait dans son compte quelques 2000 dollars.

Romaric a demandé à témoigner en direct contre les conseils de Lawrence E. Wright 67 ans, son avocat qui lui a été assigné par le gouvernement puisque son premier avocat après avoir encaissé 25000 dollars soit plus de 10 millions de francs CFA n’a pas pu le défendre jusqu’au bout parce qu’il demandait à la famille une autre somme de 10 000 dollars soit plus de 5 millions de francs CFA.  Il a nié donc en bloc tout ce qu’il a dit dans la vidéo de 90 minutes. Il a dit que c’est un montage et qu’il a été forcé à parler. Il dit qu’il a été chez la femme sur invitation de cette dernière. Pour son avocat, que nous avons interviewé par la suite, le témoignage dans la vidéo est une combinaison de peur et de naïveté de la part de Romaric. Pour lui, il devrait se taire. Aussi il n’a pas aimé le fait que Romaric a témoigné malgré ses conseils. « Il est encore jeune et les jeunes pensent qu’ils connaissent tout, » a dit l’avocat.

Des textes d’ADN ont été effectués sur le sang trouvé dans les toilettes et sur le doigt de la jeune dame. Selon l’avocat de Romaric l’ADN appartient à la fois à Romaric et à la femme. Pour lui, c’est une preuve qu’il a été là-bas. 

L’avocat de la defense et des Burkinabè venus soutenir Romaric

Parlant globalement du procès, l’avocat Lawrence E. Wright, qui totalise 32 ans de carrière, et qui s’est battu corps et âme pour sauver Romaric de cette affaire, estime que le contexte politique actuel aux Etats – Unis surtout avec le mouvement des femmes appelé « MeToo » et l’aspect race (un homme noir contre une femme blanche) rendent la situation un peu plus compliquée. Il dit que les membres du jury au nombre de 12 sont des humains qui peuvent être affectés par tout ce qui se passe en ce moment aux Etats-Unis.

Romaric a été donc reconnu coupables de 8 chefs d’accusation par les 12 membres du jury composés de 6 blancs et 6 noirs qui se sont tombés d’accord après trois jours de délibérations sur   les 8 chefs d’accusation qui tournent au tour de deux principaux crimes : viol sexuel et vol mais à des différents degrés.

Les Burkinabè de New York se sont mobilisés comme un seul homme jour pour jour pour être dans la salle d’audience. Le consul général adjoint de New York Monsieur Apollinaire Ouédraogo, le nouveau et l’ancien président de l’association des Burkinabè de New York, qui sont respectivement Tomi Zongo et Issifou Ouédraogo, le président du Collège des sages de New York, Pierre Sanon, le délégué du Conseil Supérieur des Burkinabè de l’extérieur, Ben Gaston Sawadogo, et des Burkinabè anonymes se sont rendus à la Cour Supreme de Brooklyn où s’est déroulé le procès pour apporter leur soutien à leur compatriote.

Le juge l’honorable Dena E. Douglas qui est femme noire a fixé le 13 décembre prochain pour prononcer la sentence.

L’avocat compte interjeter appel. Il a demandé à cet effet une collection de lettres pour soutenir le jeune Romaric qui au regard de la situation et à en croire à son avocat peut être condamné à une peine minimum de 10 ans ou à la prison à vie.

Du fond de sa cellule, alors que le jury décidait sur son sort, Romaric un véritable artiste, dessine sur un tableau Jésus – Christ avec les yeux bandés cloué sur une croix et au pied de qui une femme dont les larmes de sang coulent sur des joues et   qu’il remet à son amie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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