Vingtième anniversaire de l’assassinat du Journaliste Norbert Zongo : Le devoir de mémoire d’un journaliste

Demain le monde entier se souviendra comme si c’était hier de l’assassinat odieux du journaliste d’investigation Burkinabè Norbert Zongo dit Henri Sebgo intervenu un certain 13 décembre 1998. Cela fera donc 20 ans jour pour jour que la famille de Norbert Zongo et tous ceux ou celles qui sont épris de justice attendent de connaître la vérité mais aussi que la justice soit dite.

Alors que nous commémorons tristement ce vingtième anniversaire, faisons un pas en arrière pour décrypter le rôle que les journalistes du Burkina Faso ont joué à travers l’Association des Journalistes du Burkina (AJB) durant ces cruciaux et douloureux moments. Ayant été à la tête de l’AJB dans la région de l’Ouest du Burkina Faso, c’est un devoir pour moi de me souvenir de ce douloureux évènement à ma façon.

J’ai connu personnellement Norbert Zongo en 1997. J’étais assis dans la salle de rédaction de Sidwaya le quotidien d’Etat avec bien sur d’autres collègues. J’ai vu un homme vêtu d’un habit   aux manches  courtes  dont je ne me rappelle plus la couleur, et d’un pantalon militaire semblable à  celui que les agents des eaux et forêts du Burkina Faso portent. Il regardait le tableau sur lequel figurait la liste des évènements à couvrir. Entre temps il échangea quelque peu avec d’autres journalistes. Et puis il s’en alla. « Tu le connais, » me demanda un collègue. « Non, » dis – je. « C’est lui Norbert Zongo, » dit – il. Et pourquoi un journaliste porte un pantalon militaire ? Je me suis demandé. C’est plus tard j’ai appris qu’il avait un ranch et j’en déduis que ceci était lié à cela.

De la droite à la gauche Bazona Barnabé Bado  ancien Secrétaire général de l’AJB section régionale de l’Ouest, Jean Claude Meda, ancien President national de l’AJB,  l’ancien représentant du Haut Commissaire du Houet, Célestin Koussoube ancien maire de Bobo Dioulasso, et Boniface Coulibaly ancien directeur régional de Radio Bobo

 

A dire vrai, je ne connaissais pas grand-chose de son journal « L’Indépendant » qu’il avait créé. Un journal d’investigation qu’il créa en 1993 et dans lequel il dénonçait les régimes Africains dont le régime de Blaise Compaoré, l’ancien président du Burkina Faso chassé du pouvoir par la rue et réfugié aujourd’hui en Côte d’Ivoire où il a déjà acquis la nationalité ivoirienne. Norbert s’attaquait sans crainte dans ses écrits à la corruption, la mauvaise gouvernance, et l’injustice…

C ’est ainsi qu’il avait fait de son cheval de bataille cette affaire concernant l’enlèvement et le meurtre de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré petit frère de Blaise Compaoré alors président du Burkina Faso. Il s’attaquait directement à François Compaoré qu’il tenait pour responsable de ce meurtre. Et c’est en étant sur cette piste glissante, tortueuse, et dangereuse qu’il fut froidement abattu sur la route de Sapouy a quelques 107 kilomètres au sud de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, alors qu’il se rendait dans son ranch. Son corps a été retrouvé calciné par ses bourreaux. Norbert était avec trois compagnons d’infortune (Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et son frère Ernest Zongo) qui ont subi le même sort.

Des journalistes se sont rendus sur les lieux du drame pour raconter les faits. Sidwaya le quotidien d’Etat envoie une femme. En tant que mère et épouse, mais aussi en tant que journaliste professionnelle, elle relate les faits de façon la plus fidèle. « Quand un journaliste écrit, il ou elle nous fait rire, ou il ou elle nous fait pleurer, » dit – on.  Et elle a fait pleurer plus d’un. Et cela ne s’est pas passé sans conséquences. Elle avait peut-être oublié que c’était une affaire d’Etat dans laquelle tout ne se dit pas quand on travaille pour le compte de l’Etat.

Un assassinat qui provoque une grande émotion dans le pays. Le monde de la presse (Association des Journalistes du Burkina), les mouvements des droits humains (MBDHP), le monde syndical et politique (l’opposition dans son ensemble) tous se retrouve au sein du Collectif des Organisations Démocratiques de Masse et de Partis Politiques, (CODMPP) pour demander vérité et justice.

Les marches de protestations sont quotidiennes. Le pouvoir de Blaise Compaoré vacille. Une Commission d’enquête indépendante (CEI) a été mise sur pied et fait des propositions. Marcel Kafando, chef de la sécurité rapprochée du Président du Faso reste le seul inculpé.

De la droite à la gauche Bazona Barnabé Bado  ancien Secrétaire général de l’AJB section régionale de l’Ouest, Célestin Koussoubé  ancien maire de Bobo Dioulasso, l’ex Haut Commissaire de la province du Houet, Aline Koala, l’ex Secrétaire générale du Conseil Supérieur de la Communication, Pierre Dabiré  ( paix à  son âme)  représentant le président national de l’AJB, et Boniface Coulibaly ancien directeur régional de Radio Bobo

Durant tout au long de cette lutte pour la manifestation de la vérité l’Association des journalistes du Burkina (AJB) a été au-devant de la scène avec notamment à sa tête Jean Claude Meda. Il était toujours devant le peloton au risque de sa vie. Je lui tire mon chapeau. Nous avons sillonné lui et moi les villes de la région de l’Ouest du Burkina Faso pour installer les structures de l’AJB.

Dans toutes les villes du Burkina Faso ou il y avait les structures de l’AJB, des journalistes étaient présents dans les lieux de protestations non pas en tant que reporters mais en tant partie prenante.

A Bobo Dioulasso la deuxième capitale du Burkina Faso où j’étais à la tête de l’AJB en 2003, nous étions toujours à la bourse du travail pour protester contre cet assassinat odieux.

Aujourd’hui tous les journalistes devraient applaudir la décision de la justice française d’extrader François Compaoré qui est jusque-là un accusé. A mon humble avis il devrait venir prouver son innocence.

Quand la vie d’un journaliste est menacée c’est le corps tout entier qui est en danger. Nous devrions mettre nos différences de côté et se soutenir les uns les autres au nom de la liberté de presse et d’expression. Nous devons agir et s’attaquer avec la dernière énergie à tout pouvoir qui ose franchir le Rubicon.

Il n’y a que quelques deux semaines, le Président Américain Donald Trump avait fait retirer l’accréditation d’un journaliste de CNN pour dit –  il lui avoir manqué du respect après une confrontation verbale lors d’une conférence de presse. Fox News qui est une télévision de la Droite Américaine (Républicain) et qui a des points de vue diamétralement opposés à CNN et qui soutient sans condition Donald Trump, s’est insurgée contre le comportement du locataire de la Maison Blanche et fait une déclaration de soutien à CNN.  Un bel exemple qu’il nous faut suivre.

 Bazona Barnabé Bado

 

 

 

 

 

 

 

 

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