Il est un artiste connu dans la sphère musicale chrétienne burkinabè depuis 2002. Cependant, sa carrière a connu un break qui a duré une dizaine d’années avant de reprendre en 2021. Vous l’aurez peut-être deviné. Dix (10) années au cours desquelles l’artiste a quitté le Burkina Faso pour les Etats-Unis pour une autre expérience. Il s’agit de Koudougou Marcel Ilboudo connu sous le nom de Meek Man (l’homme humble), qui après un long temps de silence revient sur scène avec Résurrection qui sort le 22 mai 2021. The African Journal a été reçu par l’artiste dans résidence new yorkaise pour parler de la vie musicale de Meek Man. Dans cet entretien, l’artiste revient sur les causes de son long silence, ses expériences personnelles d’artiste religieux et les défis de la musique burkinabè. Bonne lecture !
The African Journal (TAJ) : Pourquoi avez-vous fait le choix de porter le nom Meek Man ?
Meek Man : Je n’ai pas fait le choix de ce nom mais c’est plutôt ce qu’il fallait pour assumer la responsabilité à laquelle j’ai été appelé. Un homme de Dieu doit être humble d’abord parce qu’il y a une bénédiction dans l’humilité. Et comme on a l’habitude de le dire, l’humilité précède la gloire. Mais en guise de rappel, ce nom m’a été donné au LTPAD en 1999 par le pasteur Innocent Kientega.
TAJ : Depuis combien de temps êtes – vous dans le domaine musical en tant qu’artiste ?
Meek Man : La musique et moi c’est tout une histoire parce que je suis né d’une famille de griots. Mon papa jouait l’instrument de musique appelé Kundé et ma maman, elle aussi est issue d’une famille de griots et était une danseuse. C’est donc dans ce contexte que j’ai grandi et c’est par l’entremise de mon père que j’ai appris à jouer à mon premier instrument. Mais pour ce qui est de ma carrière musicale, elle a pris sa source après ma conversion au christianisme en 1995, année à partir de laquelle j’ai décidé de mettre mon talent au service du Seigneur.
TAJ : Meek Man fait de la musique chrétienne avec un style un peu particulier. Un chrétien avec des dreads n’est pas quelque chose de familier à voir dans les églises en Afrique et particulièrement au Burkina Faso. Comment arrivez-vous à vous faire comprendre à travers ce style peu commun dans le milieu chrétien ?
Meek Man : J’espère que vous n’êtes pas venu pour me raser (rires). C’est une réalité, surtout dans le milieu burkinabè et africain. Il y a des stéréotypes sur les personnes porteuses de cheveux comme nous. On les considère comme des personnes pas gentilles, des drogués… Mais pour ce qui me concerne, je considère mon choix de porter des cheveux comme de l’art. J’ai eu la chance d’avoir les cheveux et je trouve que c’est naturel en soi de les laisser pousser. Si je veux, je laisse mes cheveux pousser et le jour où je n’en veux plus, je les coupe tout simplement.
TAJ : N’y a-t-il pas une signification particulière derrière vos cheveux ?
Meek Man : Non. C’est juste de l’art. malheureusement les gens en ont trop parler de mes cheveux et j’ai dû payer un prix pour cela. On m’a rasé quand j’étais au Burkina Faso et on a voulu me faire enregistrer une émission sur une chaine chrétienne pour me faire dire que j’étais dans un look satanique et que je demande pardon à la communauté chrétienne. J’ai refusé de le faire. En effet, si on a la chance d’être choisi par Dieu, c’est par grâce et non par mérite. C’est la raison pour laquelle je fais attention à l’apparence physique. Je ne fume pas, je ne bois pas. J’ai juste opté pour une coiffure qui me plait. On peut me combattre pour des raisons religieuses mais bibliquement ce sont des choses qui ne sont pas fondées.
TAJ : Pour revenir à votre carrière musicale, quel a été votre parcours depuis le début jusqu’à présent ?
Meek Man : C’est un parcours de combattant (rires). Cela vaut son pesant d’or surtout dans le milieu chrétien burkinabè. Quand tu viens dans ce milieu, ce n’est pas une terre pour naitre pour un artiste qui veut s’ériger en modèle. La musique dans le milieu chrétien est contenue entre les quatre (4) murs de l’église. En termes de promotion, en tant qu’artiste tu auras des difficultés parce que c’est très difficile de bâtir une carrière professionnelle ou l’artiste vit de son art. C’est ainsi que j’ai rencontré d’énormes difficultés comme c’est aussi le cas avec la plupart des artistes. J’ai eu toutes les difficultés du monde et à un certain moment, j’ai été dans l’obligation de crier à l’Eternel pour qu’il sauve ma carrière, en me permettant de voyager jusqu’ici …
TAJ : Mais en même temps depuis 2011 on n’a plus de vos nouvelles sur la scène musicale. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Meek Man : Il fallait observer ce temps de silence pour rebondir. Je suis devenu artiste par passion et par amour pour Dieu. Et si j’ai observé ce temps de silence, c’était un temps durant lequel je parlais à Dieu. Ce n’était pas un silence volontaire mais j’étais dans l’obligation de garder le silence pour demander au Seigneur s’il fallait continuer et si oui, qu’est-ce que je devais faire. Et je me suis rendu compte que le talent que Dieu a mis en moi mérite beaucoup plus d’attention. Il fallait ce silence pour avoir des réponses et des pistes pour pouvoir avancer. Ce n’était pas un manque d’inspiration. La vérité est que je n’avais pas la possibilité de continuer de la manière dont je voulais.
TAJ : Vous faites cas de plusieurs difficultés dans le milieu de la musique chrétienne. De quelles difficultés s’agit-il exactement ?
Meek Man : La musique chrétienne, au Burkina Faso en particulier, est très difficile. Quand j’évoque le sujet, c’est avec tristesse. Au Burkina, il y a des artistes qui nous ont inspiré et on nourrissait l’envie de les ressembler. Malheureusement, c’est la voix de l’artiste qui faisait la fierté. Mais au fond, c’est décevant. Les difficultés des artistes c’est que l’église ne considère pas le ministère de l’artiste comme une carrière à part alors qu’il faut de l’argent pour faire sortir un album et pour produire un clip. Et à la sortie de ton album, si on informe les fidèles de l’église que tu as produit un album, tu es parmi les chanceux. Il n’y a pas de concerts payants et il n’y pas une part des dimes pour les artistes. Pire, l’église regarde l’artiste qui veut revendiquer son rôle de grand ministère comme un diable. Je suis un exemple vivant. Si je vous parle, c’est parce que les gens connaissent mon histoire. Lorsque tu aspires à la bénédiction à travers la musique, on te regarde comme l’antichrist. Sous prétexte que ce n’est pas normal de chanter Dieu et vouloir chercher de l’argent. L’église n’applique pas la parole de Dieu. Dans la bible, les chantres avaient leur part dans la maison de Dieu. 
TAJ : Mais est-ce qu’à quelque part ce qu’on peut considérer comme un mauvais traitement des artistes n’est pas lié à leur inorganisation ou à la qualité de leurs œuvres ?
Meek Man : Non. L’artiste tel que je le connais, connait déjà le risque dans le métier. Il ne s’amuse donc pas avec son métier : Il n’y a pas cet artiste qui va avoir une main tendue et dormir encore sur son oreiller. On ne peut donc pas parler d’organisation. Je vais vous citer quelques noms. Je prends le pasteur Nakelcé, madame Zidouemba, le regretté Alphonse Diéssongo…
Et si par votre media le Seigneur veut m’utiliser pour parler à nos pères spirituels, que sa volonté soit faite.
TAJ : Sur la base de ce que vous dites, doit-on conclure que l’artiste chrétien ne peut pas vivre de son art ?
Meek Man : L’artiste chrétien ne peut pas vivre de son art s’il a sa carrière entre les quatre murs de l’église. Il ne pourra pas s’en sortir si c’est l’église qui décide de sa carrière. Les artistes d’aujourd’hui doivent prendre leurs œuvres dehors. C’est-à-dire monnayer leurs œuvres, faire des concerts, faire de la promotion. Les autres s’inspirent des œuvres des artistes chrétiens et ils s’en sortent mieux.
TAJ : Pour revenir à votre carrière, que pouvez-vous nous dire sur votre parcours discographique ?
Meek Man : Mon prochain album résurrection marquera mon cinquième album depuis 2002.
TAJ : Et quelle est l’actualité de l’artiste Meek Man ?
Meek Man : Je suis très content de parler de mon actualité aujourd’hui après un long temps de formation à tous les niveaux. J’ai fini ma traversée du désert et j’ai un album en vue. Nous sommes également en train de faire une revue de ma carrière en faisant des retouches de certains de mes anciens titres.
TAJ : Peut-on parler aujourd’hui de la renaissance de l’artiste Meek Man ?
Meek Man : Bien plus que cela. C’est la résurrection. Après tout ce qui s’est produit durant ma carrière, je ne pensais plus être la même personne que je suis aujourd’hui. J’avais peur mais le Seigneur m’a aidé à rebondir en m’emmenant ici (aux Etats-Unis, ndlr). Je sais que ceux qui m’ont fait confiance seront contents et rendront grâce à Dieu pour tout ce qu’il a fait.
TAJ : Comment avez-vous associé votre vie d’artiste aux contraintes de ce pays ?
Meek Man : C’est la musique qui m’a envoyé dans ce pays. Ce qui me pousse à prêter beaucoup d’attention sur tout ce que je fais. Pour tout ce que je veux faire, j’essaie de voir la compatibilité avec ma carrière d’artiste avant de m’y engager. Au début cela n’a pas été facile parce qu’il fallait s’adapter aux réalités de ce pays. Il fallait jauger les choses pour avoir l’équilibre entre la musique et le boulot. Et je rends grâce à Dieu qui m’a toujours permis d’avoir du temps pour ma carrière musicale.
TAJ : De par votre expérience de ce pays que sont les USA, quel regard critique pouvez-vous porter sur la musique burkinabè ?
Meek Man : De par mon expérience, je peux dire que les artistes burkinabè ont surtout besoin de se réorganiser. Prenons les artistes « profanes », si l’on enlève le soutien des politiciens, ils ne sont plus des artistes. Pour espérer avancer, il faut faire des « atalakous » de certaines personnalités. L’artiste lui-même n’arrive pas à mettre son art en confiance. Cela n’est pas forcement la faute aux artistes. Le problème c’est que les Burkinabè ne soutiennent pas les œuvres de leurs artistes. La situation est beaucoup plus catastrophique lorsqu’on prend le cas spécifique des artistes chrétiens. J’étais dans le silence certes, pendant ce temps plusieurs autres ont abandonné par manque de moyens.
TAJ : Les fans de Meek Man peuvent-ils espérer déguster des titres de leur artiste en featuring avec des artistes Américains ?
Meek Man : Bien sûr. J’ai déjà un titre avec un artiste américain sur l’environnement. Aujourd’hui je bosse avec Ian Chery, Ibanka, Shenna. Ce n’est pas facile parce que le milieu américain est autre chose. Ici c’est le mérite et il faut se battre pour être à la hauteur. Mais je suis en contact avec de grands artistes de ce pays, et Dieu voulant, bientôt il y aura quelque chose.
TAJ : Mais la difficulté aux USA se trouvent à quel niveau ?
Meek Man : La musique ici est très bien organisée et le management est une obligation et il faut surtout rencontrer la bonne personne à la bonne place. En plus, pour s’imposer, il faut mener une bataille rude, faire des compositions, chanter des chansons qui peuvent toucher.
TAJ : Est-ce que votre présence dans ce pays a quelque peu influencé votre carrière d’artiste ?
Meek Man : Bien sûr que oui. C’est un pays formateur. Je pensais que ce que j’ai vécu au Burkina était suffisant mais arrivé ici, il y a des réalités que j’ai vécues qui ont marqué positivement ma carrière, ma vision et ma façon de voir le domaine de la musique. Cela m’a permis aussi de comprendre, comme le dit le slogan d’une entreprise, qu’on ne devient pas leader par hasard. Mon expérience m’a permis de comprendre que pour mériter il faut se mettre au travail.
TAJ : Dans le cadre de la relance de votre carrière, avez-vous eu un accompagnement ? si oui, quel genre d’accompagnement ?
Meek Man : Je n’ai jamais eu la chance que j’ai eue ici aux Etats-Unis ailleurs. J’ai toujours rêvé d’avoir un staff pour m’accompagner dans ma carrière mais je ne l’ai jamais eu. Mais ici je suis encadré par la maison Merveille Productions. Une maison de production dirigée par une sœur burkinabè qui s’est engagée à mes côtés et qui fait un travail très très percutant.
TAJ : Quels sont vos projets pour le futur proche et pour le long terme ?
Meek Man : Mes projets sont entre autres de pouvoir rompre avec le silence qui était là et rassurer mes fans que leur artiste Meek Man est un artiste sur qui ils peuvent compter. Je profite leur dire merci pour leur patience durant tout mon temps de silence. Je leur dis que tout va bien et nous allons par la grâce de Dieu nous retrouver musicalement. La date de la dédicace de mon cinquième album est fixée pour le 22 mai. Mais bien avant, il y aura un concert de la résurrection le 3 avril 2021 ici à New York.
TAJ : Un coup de cœur pour terminer cet entretien
Meek Man : Mon coup de cœur est à l’endroit de la communauté burkinabè vivant ici aux USA. Je veux leur demander d’être encore plus solidaire entre eux. C’est un peuple travailleur et talentueux mais qui n’arrive pas à décoller parce qu’à quelque part ils manquent de solidarité. Il est temps pour nous de nous unir pour que notre vie en aventure soit une réussite.
Entretien réalisé par Wend Tin Basile Sam
